Trois morts de plus à Port-Saïd, en Egypte

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FUNÉRAILLES ENDEUILLÉES À PORT-SAÏD, EN ÉGYPTE
FUNÉRAILLES ENDEUILLÉES À PORT-SAÏD, EN ÉGYPTE

par Edmund Blair et Shaimaa Fayed

LE CAIRE (Reuters) - Trois personnes ont été tuées dimanche à Port-Saïd, en Egypte, lors des obsèques des 33 victimes des violences de la veille dans cette ville portuaire sur la Méditerranée, a-t-on appris de source médicale.

Parmi elles, un jeune homme de dix-huit a succombé à une blessure par balle à la poitrine, a précisé le directeur des hôpitaux de Port-Saïd. Il a en outre fait état de 416 intoxications dues aux gaz lacrymogènes et de 17 blessés par balles dans les affrontements entre les forces de l'ordre et les milliers de manifestants rassemblés pour les obsèques.

Les émeutes de la veille ont éclaté après la condamnation à mort de 21 prévenus, pour la plupart des habitants de Port-Saïd, jugé pour le drame survenu en février 2012 dans le stade de football de la ville, où 74 personnes avaient trouvé la mort.

Des appels à la vengeance et des slogans hostiles au président Mohamed Morsi ont retenti dimanche lors des obsèques.

Pour la quatrième journée consécutive, des heurts ont également éclaté aux abords de la place Tahrir, au Caire. Aux jets de pierres des manifestants répliquaient les tirs de grenades lacrymogènes des forces de l'ordre.

La situation paraissait toutefois moins tendue que les jours précédents, qui se sont soldés par 43 décès au total, dont les 33 de Port-Saïd.

L'opposition laïque et libérale accuse Mohamed Morsi et les Frères musulmans dont il est issu de trahir les idéaux de la révolution de 2011 et d'entretenir la crise économique.

"Jusqu'à présent, aucun des objectifs de la révolution n'a été réalisé", a déploré Mohamed Sami, un manifestant interrogé place Tahrir. "Les prix augmentent. Le sang des Egyptiens coule dans la rue à cause du manque de considération et de la corruption et parce que les Frères musulmans dirigent l'Egypte en fonction de leurs propres intérêts."

PAS DES RÉVOLUTIONNAIRES, MAIS DES VOYOUS

De nombreux Egyptiens sont toutefois excédés par la persistance du chaos politique et des difficultés économiques, deux ans après le renversement d'Hosni Moubarak.

"Ce ne sont pas des révolutionnaires en train de protester", s'indigne Kamal Hassan, un chauffeur de taxi de 30 ans. "Ce sont des voyous en train de détruire le pays."

L'armée, qui a assuré l'intérim jusqu'à l'investiture de Mohamed Morsi, a été déployée dans les rues de Port-Saïd et de Suez, où au moins huit personnes sont mortes vendredi dans des affrontements avec les forces de l'ordre.

Les Frères musulmans ont remporté toutes les élections organisées depuis 2011 face à une opposition longtemps fragmentée. Celle-ci s'est finalement rassemblée au sein d'un Front de salut national (FSN), sans toutefois parvenir à empêcher en décembre l'adoption d'une Constitution rédigée par une assemblée dominée par les islamistes.

Le président Morsi devait s'adresser dimanche dans la soirée à la nation égyptienne, rapporte la télévision publique.

Samedi, le Conseil national de défense, qu'il préside, a condamné les violences et plaidé pour un "vaste dialogue national" afin de régler les contentieux et de garantir le bon déroulement d'élections législatives "équitables et transparentes", censées mettre fin à la transition.

Le FSN s'est félicité de cet appel mais a souhaité qu'un ordre du jour précis soit établi et que la mise en oeuvre des décisions auxquelles il conduira soit garantie.

Le mouvement, qui avait jusqu'ici décliné les offres de dialogue, avait auparavant menacé de boycotter les élections, qui pourraient avoir lieu en avril, et d'appeler à de nouvelles manifestations vendredi. Il réclame notamment la formation d'un gouvernement d'union nationale et la tenue d'un scrutin présidentiel anticipé.

Jean-Philippe Lefief et Bertrand Boucey pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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