Trois morts dans des manifestations pro-Morsi en Egypte

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TROIS MORTS DANS DES MANIFESTATIONS PRO-MORSI AU CAIRE
TROIS MORTS DANS DES MANIFESTATIONS PRO-MORSI AU CAIRE

par Tom Perry et Alastair Macdonald

LE CAIRE (Reuters) - Trois partisans de Mohamed Morsi, le président égyptien destitué par l'armée, ont été tués par balles vendredi au Caire lors d'une manifestation contre le "coup d'Etat militaire" et pour la défense de la "légitimité démocratique".

La Coalition islamiste, à laquelle appartiennent les Frères musulmans, a appelé à un "vendredi de rejet" deux jours après la destitution du chef de l'Etat par les militaires à la suite de manifestations monstres de l'opposition.

Les libéraux du Front de salut national (FSN) ont également appelé leurs militants à descendre dans la rue pour contrer les rassemblements des pro-islamistes et "protéger la révolution du 30 juin".

Le chef d'état-major des forces armées, le général Abdel Fattah al Sissi, a assuré par téléphone au roi Abdallah d'Arabie saoudite que la situation en Egypte était "stable", rapporte l'agence de presse saoudienne.

Selon des sources proches des forces de sécurité, trois manifestants islamistes ont été tués dans l'après-midi devant la caserne de la Garde républicaine où est détenu le président destitué. L'armée a pour sa part affirmé n'avoir tiré que des balles à blanc.

Un journaliste de Reuters sur place a vu au moins huit manifestants touchés par des tirs. Après des tirs de gaz lacrymogènes, la foule s'est dispersée. Une heure plus tard, des centaines de personnes étaient toujours à proximité, certaines en prière, d'autres brandissant des portraits de Morsi, tandis que le quartier était survolé par des hélicoptères de l'armée.

Les Frères musulmans ont demandé sur leur site internet à leurs militants de se rendre en masse sur place.

Des manifestations ont également rassemblé des milliers de personnes à Alexandrie, Assiout, Suez, El Arich et Ismaïlia. Dans ces trois dernières villes, l'armée a tiré en l'air et fait usage de gaz lacrymogènes pour empêcher les pro-Morsi d'envahir des bâtiments publics.

"LA VOLONTÉ DU PEUPLE"

A Damanhour, capitale de la province de Beheira, dans le delta du Nil, des heurts entre partisans et adversaires du président déchu ont fait 21 blessés, dont trois par balles.

Jeudi, des affrontements ont fait 80 blessés à Zagazig, dans le delta du Nil, ville d'origine de la famille Morsi.

Des attaques ont d'ailleurs été menées vendredi matin dans le nord du Sinaï contre des postes des forces de sécurité. On ignore si ces attaques, fréquentes dans le Sinaï, sont liées au renversement du président Morsi.

A Rafah, un poste de police a été la cible d'une attaque à la roquette. Un soldat a été tué et deux autres ont été blessés. A El Arich, non loin de la frontière avec la bande de Gaza et Israël, des coups de feu ont visé l'aéroport tandis que des grenades étaient lancées en direction des militaires protégeant le site.

A la suite de ces attaques, les forces de sécurité ont été placées en état d'alerte dans la région.

En destituant mercredi le chef de l'Etat, un peu plus d'un an après sa prise de fonction, l'armée a annoncé la prochaine mise en place d'un gouvernement provisoire soutenu par les groupes libéraux. La Chambre haute du parlement, le Conseil de la Choura, a été dissoute vendredi et un nouveau chef des services de renseignement a été nommé.

Pour justifier leur intervention, les militaires ont invoqué la "volonté du peuple" exprimée dimanche dernier lors de manifestations monstres qui ont rassemblé des millions de personnes dans les rues des grandes villes du pays.

Mohamed Morsi et ses fidèles ont pour leur part dénoncé un coup d'Etat militaire contre le premier président du pays démocratiquement élu.

RÉPRESSION CONTRE LES ISLAMISTES

L'Union africaine (UA) a suspendu vendredi l'Egypte de toutes les activités de l'organisation, "jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel", a annoncé Admore Kambudzi au nom du Conseil de sécurité et de paix de l'UA.

Dans les heures qui ont suivi la destitution de Morsi, une vague de répression s'est abattue sur le camp islamiste.

Le président déchu a été placé en résidence surveillée. Plusieurs cadres de la confrérie islamiste et de son émanation politique, le Parti liberté et justice (PLJ), ont été arrêtés, y compris Mohamed Badie, guide suprême des Frères musulmans.

Les chaînes de télévision proches du président déchu, dont Egypt25, la chaîne des Frères, ont été brutalement coupées dès mercredi soir tandis que l'imprimerie nationale a interdit de rotatives le quotidien de la confrérie jeudi et vendredi.

Adli Mansour, président de la Haute Cour constitutionnelle qui a prêté serment jeudi en tant que chef d'Etat par intérim, n'en a pas moins tendu la main aux Frères musulmans.

"Les Frères musulmans font partie du peuple et ils sont invités à participer à la construction de la nation dont personne n'est exclu et, s'ils répondent à cette invitation, ils seront les bienvenus", a-t-il dit.

Navi Pillay, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, s'est inquiétée des arrestations de dirigeants des Frères musulmans, tout en ne parlant pas explicitement de coup d'Etat.

De la capacité de l'armée à faire face à de possibles troubles va déprendre en partie le soutien des Etats-Unis et d'autres puissances internationales.

Avec les bureaux et correspondants de Reuters en Egypte; Henri-Pierre André et Guy Kerivel pour le service français

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  • M8444634 le vendredi 5 juil 2013 à 19:51

    Ah, tous ces démocrates, quels faux-culs ! Déjà on avait vu la même chose en Algérie et ils n'avaient rien dit. C'est dire clairement aux musulmans : même si vous êtes élus démocratiquement, nous, la démocratie, on s'en tape. On veut pas que vous ayez le pouvoir. Point barre ! Et on s'étonne qu'ils deviennent méchants...