Trois bonnes raisons de redécouvrir les maisons en terre

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INTERVIEW - Construites en terre, ces maisons font partie du patrimoine de la France. On les trouve dans diverses régions, dont le sud est. L’architecte Alia Bengana explique pourquoi elle croit à ces constructions.

LE FIGARO IMMOBILIER. - Les constructions en terre sont-elles nombreuses en France et dans le monde?

ALIA BENGANA, architecte*: Il en existe un peu partout dans le monde. On estime qu’environ un tiers de la population mondiale vit dans un habitat en terre aujourd’hui. En France, ce patrimoine est aujourd’hui assez méconnu. Pourtant, dans plusieurs régions des maisons en terre existent encore. C’est dans le nord Isère qu’elles sont les plus nombreuses, on peut encore admirer des fermes en pisé, certaines datent du 20e, d’autres du 19e, voire même du 18e siècle pour celles qui ont été restaurées. Mais on trouve aussi des constructions en terre en Normandie et dans le nord de la France. Au total, en France c’est 15% du patrimoine bâti ancien qui est en terre ou partiellement en terre. Les techniques diffèrent d’ailleurs selon les régions et il y a plusieurs manières d’utiliser la terre crue. On peut construire en pisé, c’est à dire avec de la terre compactée, ou en adobe avec des briques de terre séchées au soleil. On ne construit plus beaucoup comme ça en France, pourtant il est possible de concevoir des maisons contemporaines en terre.

Et il existe de constructions en terre impressionnantes. Les immeubles les plus hauts de Shibam au Yemen, que l’on appelle aussi la Manhattan du désert, atteignent 30 mètres pour 8 étages. Les plus anciens bâtiments ont été construits au 16e siècle. En Algérie et au sud du Maroc par exemple, il existe aussi de nombreuses constructions en terre, il reste des kzars d’anciennes villes fortifiées en terre.

Et il est possible d’intégrer tout ce qui se loge habituellement dans du béton?

Bien sûr, des câbles, des réseaux électriques, il est possible de tout intégrer et de concevoir des maisons contemporaines en terre avec tout le confort moderne. La France est le pays d’Europe le plus en pointe sur le sujet, une association, Craterre, a été créée en 1979 près de Grenoble, pour faire reconnaître le matériau terre C’est un centre d’expertise mondial.

Quels sont les atouts d’une construction en terre?

Ils sont nombreux. D’abord la matière première est peu chère, disponible partout. C’est la matière première la plus présente dans le monde. On peut construire avec ce que l’on a sur place, ce qui d’un point de vue écologique est un atout. La terre retourne à la terre, détruire une construction et la recycler est bien plus facile qu’avec du béton. Ensuite, dans des pays chauds où l’amplitude thermique entre le jour et la nuit est important, la terre a des qualités intéressantes. Elle met 12 heures à restituer la chaleur du jour et inversement à diffuser la douceur de la nuit. Elle rafraîchit donc le jour et réchauffe la nuit, ce qui dans le désert a un intérêt évident. La terre n’est pas un isolant, mais un mur de terre de 40 cm offre ainsi un réel confort d’été avec une différence de température entre intérieur et extérieur qui peut aller jusqu’à 10 degrés. L’humidité accumulée dans le mur en pisé pendant la nuit s’évapore durant la journée jouant le rôle de climatiseur naturel dans la journée

Votre rêve, ce serait de construire une maison en terre?

Oui, j’aimerais montrer qu’on peut réaliser une maison contemporaine en terre. J’ai d’ailleurs un projet d’hôtellerie en terre en Algérie à Timimoun dans une palmeraie . J’espère qu’il va se concrétiser.

* Alia Bengana a notamment enseigné à l’école d’architecture de Paris Malaquais dans le cadre d’un workshop avec Denis Coquard, architecte et spécialiste de la construction en terre.

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