Triomphe électoral de la droite, la gauche sanctionnée

le
0
L'UMP-UDI REMPORTE DEUX TIERS DES DÉPARTEMENTS
L'UMP-UDI REMPORTE DEUX TIERS DES DÉPARTEMENTS

PARIS (Reuters) - L'UMP et les centristes de l'UDI ont remporté dimanche une victoire écrasante sur le PS et ses alliés au second tour des départementales, privant la gauche de sa suprématie territoriale avec la conquête d'au moins deux tiers des départements.

Le Front national, qui ambitionne d'approfondir son maillage territorial dans la perspective de la présidentielle de 2017, n'a pas réussi à transformer l'essai de son succès en nombre de voix du premier tour (25%) : il voit le Vaucluse, département en lequel il fondait ses espoirs, lui échapper, ainsi que l'Aisne.

L'institut CSA lui attribue entre 44 et 54 élus départementaux, soit environ 1% du total.

Marine Le Pen s'est félicitée d'un "niveau électoral exceptionnel", d'"une étape cruciale (...) sur le chemin du pouvoir".

Un Français sur deux est allé voter dimanche, une participation en légère baisse par rapport au premier tour.

Le vote-sanction redouté par la gauche au pouvoir est advenu : Nicolas Sarkozy, qui peut se prévaloir d'un succès politique et tactique sur la route de "l'alternance" pour 2017, a voulu prendre acte d'"un désaveu (...) sans appel" envers le "socialisme le plus archaïque d'Europe".

Une perte symbolique : la Corrèze, département que dirigea François Hollande de 2008 à 2012, bascule à droite.

Manuel Valls, qui a concédé une défaite "incontestable" de la gauche, a assuré avoir entendu les "attentes", "exigences", la "colère" et la "fatigue" des Français "face à une vie quotidienne trop difficile".

"J'ai entendu ce message, leur exigence de résultats, mon gouvernement continuera d'y répondre sans relâche", a affirmé le Premier ministre en annonçant pour "les prochains jours" de nouvelles mesures en faveur de l'investissement privé et public.

SARKOZY TRIOMPHE

La nouvelle carte de France des départements confirme la percée de la droite, qui était arrivée en tête du premier tour.

Selon CSA, l'UMP-UDI-UC-MoDem remporterait 66 à 70 des 102 départements, la gauche 27 à 31. Ipsos-Sopra Steria évoque quant à lui 64 à 70 départements pour la droite, 30 à 37 pour la gauche et 0 à 1 pour le FN. Pour Ifop-Fiducial, 66 à 71 départements reviennent à la droite, 28 à 35 à la gauche.

La gauche contrôlait 61 départements, contre 41 à la droite avant l'élection.

Outre la Corrèze, l'Ain, le Cher, l'Eure, le Jura, le Nord, la Seine-et-Marne, le Doubs, la Creuse, l'Isère, la Drôme, la Saône-et-Loire, le Territoire de Belfort, l'Allier (perdu par le Parti communiste), les Deux-Sèvres, les Pyrénées-Atlantiques, notamment, sont conquis par la droite. Seule la Lozère passe à gauche.

"Jamais sous la Ve République, notre famille politique n'avait gagné autant de départements", s'est réjoui Nicolas Sarkozy. "C'est le mensonge et le déni, c'est l'impuissance qui ont été sanctionnés", a-t-il ajouté, ouvrant sans ambiguïté la pré-campagne pour la primaire de 2016 à droite.

"La victoire de ce soir revient à tous ceux qui ont fait le choix du collectif", a-t-il lancé, à l'attention notamment de ses principaux rivaux (Alain Juppé, François Fillon...) que tenterait un cavalier seul.

LES "FRONDEURS" INTERPELLENT VALLS

L'ancien chef de l'Etat a annoncé que l'UMP, dont le congrès refondateur aura lieu le 30 mai à Paris, hâterait la rédaction de son projet d'alternance.

"Une nouvelle étape s'ouvre, l'espoir renaît pour la France", a-t-il dit.

Soucieux de ne pas se laisser distancer, François Fillon a réagi peu après sa déclaration en insistant sur la nécessité d'un projet d'alternance "radical, de rupture" en ligne avec ses propositions économiques "thatchériennes" qu'il oppose notamment au réformisme "prudent" d'Alain Juppé.

Le maire de Bordeaux a lui aussi pris date en saluant tout à la fois "la victoire de l'unité", mais aussi de "la stratégie d'alliance de l'UMP, de l'UDI et du Modem" qu'il revendique en dépit de l'animosité de Nicolas Sarkozy envers François Bayrou.

François Hollande et Manuel Valls, qui espéraient limiter l'hémorragie, sont désormais sous la pression des "frondeurs" qui ont publié sans attendre dimanche soir un communiqué commun en faveur d'"un contrat de rassemblement".

"Sans changements sincères dans les politiques, sans renouvellement de la pratique du pouvoir, la dispersion de la gauche sera irréversible", écrivent-ils.

Martine Aubry, dont le département, le Nord, est perdu, devrait sortir également de son silence. Une réunion de ses partisans est prévue mardi pour réclamer une réorientation de la politique économique du gouvernement, jugée trop libérale.

Le chef de l'Etat avait prévenu dès avant le 22 mars qu'il n'infléchirait pas la ligne politique, quel que soit le résultat, et qu'il maintiendrait Manuel Valls, bête noire de "la gauche de la gauche", à Matignon.

(Sophie Louet avec Service France, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant