Triomphe attendu du "oui" au référendum en Egypte

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TRIOMPHE ATTENDU DU OUI AU RÉFÉRENDUM CONSTITUTIONNEL EN ÉGYPTE
TRIOMPHE ATTENDU DU OUI AU RÉFÉRENDUM CONSTITUTIONNEL EN ÉGYPTE

par Maggie Fick et Ali Abdelaty

LE CAIRE (Reuters) - La nouvelle Constitution égyptienne a été approuvée à une écrasante majorité lors du référendum qui s'est déroulé mardi et mercredi, rapprochant sans doute le général Abdel Fattah al Sissi, chef d'état-major des forces armées, d'une candidature à la présidence.

Les résultats définitifs, et notamment le chiffre de la participation, n'ont pas encore été publiés, mais un responsable du ministère de l'Intérieur a annoncé dès mercredi soir que le oui l'emportait avec plus de 95% des suffrages exprimés, la participation atteignant elle les 55%.

Le général Sissi, l'homme fort en Egypte depuis l'éviction de Mohamed Morsi le 3 juillet, a laissé entendre qu'en cas de forte participation et de large victoire du "oui", il pourrait se "laisser convaincre" de se présenter à l'élection présidentielle qui devrait se tenir dès le mois d'avril.

L'agence de presse officielle Mena parle quant à elle de plus de 90% de "oui" dans les bureaux de vote dont les résultats ont été communiqués.

La Haute commission électorale a indiqué que les résultats officiels seraient annoncés "dans les 72 heures", soit samedi.

Abdel Fattah al Sissi est idolâtré par une partie de la population, qui voit en lui un "sauveur" capable de rétablir l'ordre après trois ans d'instabilité depuis la chute d'Hosni Moubarak en février 2011.

Ses partisans et les médias officiels ont présenté le référendum constitutionnel comme un plébiscite en sa faveur et un vote contre le "terrorisme", qualificatif dont sont désormais affublés les Frères musulmans.

"Je pense que c'est désormais le meilleur moment pour Sissi pour faire une annonce, s'il a l'intention de briguer la présidence", commente Mohamed Qadri Saïd, général de réserve qui travaille au Centre Al Ahram d'études stratégiques et politiques. "Je ne vois personne se porter candidat contre lui. Il a accompli de grandes choses pour notre pays et le peuple l'aime", ajoute-t-il.

Alors que les Frères musulmans de Mohamed Morsi avaient appelé à boycotter le scrutin, pratiquement personne n'a fait campagne pour le "non", les quelques militants qui s'y sont risqués ayant été immédiatement arrêtés.

L'ARMÉE SANCTUARISÉE

Les organisations égyptiennes et internationales de défense des droits de l'homme ont dénoncé le "climat de haine et d'intimidation" entretenu par les médias égyptiens, notamment gouvernementaux.

La journée de mercredi s'est déroulée plus calmement que la veille. Neuf personnes avaient été tuées pendant des manifestations en marge du premier jour de scrutin. Le ministère de l'Intérieur a fait état de 444 arrestations pour "obstruction au scrutin" en deux jours.

"D'un point de vue technique, le scrutin s'est déroulé normalement", a jugé Dan Murphy, directeur du programme Democracy International et l'un des rares observateurs présents.

Environ 1.500 partisans de Mohamed Morsi ont été tués et des milliers d'autres arrêtés depuis l'été dernier, dans un climat de tension alimenté par des attentats visant la police et l'armée et par des manifestations quasi-quotidiennes.

La répression visant au départ les islamistes s'est par la suite étendue à tous ceux qui ont essayé de contester l'autorité de l'armée, en particulier les jeunes révolutionnaires de 2011, dont plusieurs leaders ont été emprisonnés pour avoir dénoncé une loi restreignant le droit de manifester.

Malgré les critiques occidentales, les autorités égyptiennes ont dit s'en tenir à leur "feuille de route" en assurant vouloir créer un "Etat démocratique moderne".

La Constitution représente de ce point de vue une avancée par rapport au texte d'inspiration islamiste qui avait été largement approuvé par référendum il y a un an, soulignent les juristes, même si elle sanctuarise l'indépendance de l'armée par rapport au pouvoir civil.

La loi fondamentale assure ainsi aux généraux de rester les véritables maîtres du pays pendant les prochaines années. En première ligne, si le général Sissi brigue la présidence. Ou dans les coulisses.

Avec Sameh Bardisi; Tangi Salaün et Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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  • msglyon le jeudi 16 jan 2014 à 15:11

    Dans l'histoire, c'est souvent l'armée qui assure durant quelques années de transition , le passage d'une société anarchiste qui suit la fin d'un regne totalitaire, à une société apaisée , en capacité alors d'assumer ce qui fait la démocratie : la responsabilité individuelle pour l'état. Tant que la population n'a pas retrouvé ce calme, impossible d'envisager la démocratie.