Trêve et espoir de compromis à Kiev

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TRÊVE ET ESPOIR DE COMPROMIS À KIEV
TRÊVE ET ESPOIR DE COMPROMIS À KIEV

par Richard Balmforth et Pavel Polityuk

KIEV (Reuters) - Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a eu jeudi avec les chefs de file de l'opposition une deuxième série d'entretiens qui s'est achevée tard dans la soirée, alors que les manifestants respectaient une trêve dans les affrontements.

Les dirigeants de l'opposition, dont l'ancien boxeur Vitali Klitschko, se sont ensuite dirigés vers la place de l'Indépendance (Maidan) pour rendre compte des discussions à leurs partisans.

Selon la chaîne Ekspreso TV, Vitali Klitschko, accompagné du dirigeant nationaliste Oleh Tiahnibok, devait demander aux protestataires de respecter la trêve jusqu'à vendredi matin, le président Ianoukovitch ayant apparemment promis de libérer tous les manifestants arrêtés.

Un troisième chef de l'opposition, l'ancien ministre de l'Economie Arseni Iatseniouk, a déclaré que selon lui une nouvelle effusion de sang avait pu être évitée mais il n'a donné aucune précision.

Le président ukrainien avait demandé dans l'après-midi une réunion d'urgence du Parlement face à la montée des violences dans lesquelles son Premier ministre voit une "tentative de coup d'Etat" de l'opposition qui réclame la démission du gouvernement.

"L'agitation de masse a été accompagnée de violences, d'effusions de sang, d'incendies. Cela signifie qu'aujourd'hui la situation doit être réglée immédiatement", a déclaré Viktor Ianoukovitch au président du Parlement, Volodimir Ribak.

Allant dans le sens du compromis, le président du Parlement a expliqué que les députés débattraient d'une éventuelle démission du gouvernement ainsi que des textes récemment votés, allusion à la loi anti-manifestation dont le vote en fin de semaine dernière a suscité la colère de la rue.

WASHINGTON ENVISAGE DES SANCTIONS

L'Ukraine est en proie aux manifestations depuis deux mois. Une partie de la population n'a pas accepté la décision du président Ianoukovitch de renoncer à un accord commercial avec l'Union européenne pour accepter à la place un renflouement financier de la part du grand voisin russe.

Les événements ont pris un tour violent dimanche soir après un rassemblement de masse auquel avait appelé l'opposition pour protester contre la loi, adoptée à main levée, visant à empêcher toute forme de protestation antigouvernementale.

Trois personnes ont été tuées du côté des manifestants dans la nuit de mardi à mercredi, dont deux par balles. Plus de 150 policiers ont été blessés.

Le Premier ministre, Mikola Azarov, absent d'Ukraine - il se trouve au Forum économique mondial de Davos - a estimé qu'une "véritable tentative de coup d'Etat (était) en marche" et a jugé qu'il serait "absolument irréaliste" d'organiser une élection présidentielle anticipée. Le prochain scrutin présidentiel n'est pas prévu avant le printemps 2015.

"Est-il possible d'organiser des élections (...) quand le centre de Kiev est pratiquement occupé par les manifestants ? Comment peut-on parler d'élections quand il y a des troubles ?", a-t-il déclaré selon l'agence de presse russe Interfax.

Lors de la première série de discussions, mercredi, Viktor Ianoukovitch avait refusé toutes les demandes de ses interlocuteurs concernant la démission du gouvernement et l'abrogation de la loi contre les manifestations.

Face à l'aggravation de la crise, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre.

Les Etats-Unis envisagent des sanctions contre Kiev en réponse à la répression des manifestations, a déclaré la Maison blanche. Pour le porte-parole de la présidence américaine, Jay Carney, les tensions actuelles sont la conséquence directe de l'attitude du gouvernement qui refuse de répondre aux "légitimes" revendications de la population.

COMMISSAIRE EUROPÉEN ATTENDU À KIEV

Les Etats-Unis ont demandé au gouvernement ukrainien d'abroger la législation récemment adoptée qui restreint fortement le droit de manifestation, a ajouté le porte-parole.

Le vice-président Joe Biden, pour sa part, a eu un entretien téléphonique avec Ianoukovitch et l'a averti que si les autorités ne calmaient pas la situation, cela aurait des "conséquences".

Le président polonais Bronislaw Komorowski a jugé que des sanctions internationales devraient être imposées si les violences se poursuivent, rapporte l'agence de presse PAP.

La chancelière allemande Angela Merkel a fait part de son "indignation" face à la répression menée par le pouvoir ukrainien tout en estimant que l'Union européenne aurait tort de répondre par des sanctions contre Kiev.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a téléphoné au président Ianoukovitch jeudi matin.

Selon un porte-parole de la Commission, il a "déploré l'escalade de la violence", exprimé sa préoccupation face aux rumeurs de disparitions et demandé la tenue immédiate d'"un dialogue au plus haut niveau avec l'opposition."

Le président ukrainien a répondu qu'il comptait maintenir le dialogue politique.

Le commissaire européen chargé de l'Elargissement Stefan Füle est attendu à Kiev vendredi. Catherine Ashton, la voix diplomatique de l'Union européenne, devrait l'y suivre la semaine prochaine.

L'ancien dirigeant soviétique et prix Nobel de la paix Mikhaïl Gorbatchev, 82 ans, a demandé aux présidents russe et américain d'aider l'Ukraine à résoudre le conflit pacifiquement, disant craindre une "catastrophe".

Danielle Rouquié pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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