Trêve des confiseurs pour le numéro un de la CGT Thierry Lepaon

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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le sort du secrétaire général de la CGT et de son bureau confédéral, de plus en plus contestés en interne, reste suspendu à une nouvelle réunion de la Commission exécutive du syndicat début janvier et à une session extraordinaire de son parlement.

Lors d'une assemblée générale de ses organisations, lundi, des dirigeants de fédérations et d'unions départementales ont ouvertement souhaité le départ de Thierry Lepaon. D'autres ont critiqué les "dysfonctionnements" du bureau confédéral et mis en doute sa légitimité, a raconté à Reuters une source interne.

Mais la Commission exécutive, le gouvernement de la CGT, qui a poursuivi mardi les débats, n'a pas émis de vote. Une note faisant le point des discussions sera transmise mercredi aux organisations de la CGT, a-t-on précisé de même source.

Il a notamment été question de l'ordre du jour de la session extraordinaire du Comité confédéral national (CCN), prévu le 13 janvier. Le CCN est seul habilité à révoquer Thierry Lepaon, qui peut aussi décider de partir de lui-même avant la fin de son mandat, en 2016.

"On continuera à faire la transparence sur un certain nombre d'éléments et on discutera de préconisations sur nos règles de vie", explique un responsable. "Se posera évidemment la question de la direction de la CGT."

Entretemps, il est prévu une nouvelle réunion des 56 membres de la Commission exécutive confédérale le 6 janvier.

Un autre CCN est prévu en février. Les dirigeants de la CGT étudient la possibilité d'actions revendicatives sur l'emploi, les salaires, le pouvoir d'achat, la politique industrielle.

Les appels à la démission de Thierry Lepaon se multiplient, de la base aux instances dirigeantes de la confédération, depuis les révélations sur les frais engagés pour la rénovation de son domicile de fonction et de son bureau, et sur l'indemnité qu'il a perçue quand il a quitté ses responsabilités en Normandie.

QUI POUR SUCCÉDER À LEPAON ?

Dans un texte diffusé le week-end dernier, la fédération des services publics, première de la CGT, a jugé "inéluctable" son départ et l'a invité à démissionner dans les plus brefs délais.

Dans L'Humanité, Georges Séguy, ancien secrétaire général de la CGT de 1967 à 1982, a estimé lundi qu'une solution s'imposait "d'urgence" pour préserver la cohésion de la première centrale syndicale française.

Des cadres de la CGT ont demandé dans une pétition la démission en bloc de la direction de la centrale syndicale, et pas seulement du secrétaire général.

"Thierry Lepaon a toutes les questions en tête, y compris les conséquences que pourrait avoir le départ du secrétaire général de la CGT en plein mandat, ce qui est énorme et inédit", souligne un responsable de l'organisation.

"Chaque responsable et militant de la CGT mesure ce que pourrait signifier une telle décision pour l'organisation."

La question de la succession éventuelle de Thierry Lepaon s'avère particulièrement épineuse.

Selon des sources internes, le secrétaire général de la fédération de la métallurgie, Philippe Martinez, avec qui Thierry Lepaon aurait tenté de marchander son maintien à la tête de la CGT jusqu'en 2016 en échange de son soutien pour la suite, fait figure de candidat potentiel. Mais il semble aujourd'hui loin de faire l'unanimité.

L'évolution de la situation à la CGT est observée avec une certaine inquiétude par le gouvernement, qui mise sur le dialogue social pour faire passer certaines de ses réformes.

"L'affaire Lepaon, c'est assez embêtant", confie un ministre. "On a déjà depuis deux ans une CGT sans boussole, pas facilitatrice et avec laquelle on n'arrive pas à grand chose au niveau national (...) Le risque, c'est une reprise en main de l'organisation par les plus durs."

(Avec Gérard Bon)

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