Treize islamistes présumés poursuivis en France

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TREIZE ISLAMISTES PRÉSUMÉS VONT ÊTRE MIS EN EXAMEN
TREIZE ISLAMISTES PRÉSUMÉS VONT ÊTRE MIS EN EXAMEN

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Treize islamistes présumés interpellés vendredi dernier ont été présentés mardi à des juges afin d'être mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme, a annoncé le procureur de Paris, François Molins.

Le parquet a requis l'incarcération de neuf suspects, membres présumés du groupe Forsane Alizza (les "Cavaliers de la fierté"), dissous en février, notamment de leur leader, Mohamed Achamlane, un Français de la région de Nantes. Un juge des libertés devra se prononcer sur cette demande du parquet.

La défense, qui n'a pas eu accès encore au dossier, n'a pas pu faire de déclaration publique, à l'exception de l'avocat de Mohamed Achamlane qui a nié durant le week-end toute intention terroriste de son client.

Le coup de filet de vendredi, à moins d'un mois de l'élection présidentielle, était survenu huit jours après la mort de Mohamed Merah, l'auteur des sept meurtres de Montauban et de Toulouse, qui se réclamait d'Al Qaïda et a été abattu par la police. Il n'y a cependant aucun lien entre les deux affaires, a précisé le procureur.

Dix-neuf personnes avaient été interpellées. Parmi elles, 17 ont été placées en garde à vue et 13 devraient être mises en examen pour "association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme, acquisition, détention et transport d'armes", des faits passibles de dix ans de prison, a dit François Molins lors d'une conférence de presse à Paris.

Une vingtaine d'armes à feu, dont des kalachnikovs neutralisées mais de manière réversible, ont été saisies lors des perquisitions, notamment chez Mohamed Achamlane, ainsi que de la documentation sur les explosifs téléchargée sur internet.

ENLÈVEMENT ÉVOQUÉ MAIS PAS PRÉPARÉ

Des suspects se voient aussi reprocher d'avoir évoqué l'enlèvement d'Albert Lévy, vice-président du tribunal de grande instance de Lyon, mais ce fait n'est pas retenu dans les charges puisqu'il n'a donné lieu à aucun préparatif véritable.

"Certaines cibles institutionnelles étaient potentiellement visées. Ainsi, d'après certaines déclarations faites au cours des gardes à vue, avait été évoqué au cours d'une réunion tenue à Lyon en septembre 2011 un projet d'enlèvement d'un magistrat lyonnais avec lequel avait eu maille à partir l'un des membres de la cellule lyonnaise", a expliqué le procureur.

Les suspects voulaient s'en prendre à lui en raison d'une affaire de privation de soins à un enfant conduite contre un des suspects, mais le projet d'enlèvement n'a pas été matérialisé. Albert Lévy a toutefois été placé sous protection policière.

Le Syndicat de la magistrature (gauche), dont il est membre, s'est élevé contre toute tentative de récupération politique de l'affaire, une accusation dirigée contre Nicolas Sarkozy.

"Visiblement, il n'y a eu aucun commencement d'exécution", a dit le procureur, ce qui signifie juridiquement qu'on ne peut poursuivre une tentative d'enlèvement. Il aurait été question aussi, selon le procureur, d'enlever aussi d'autres personnes, dont un membre de l'organisation "Ligue de défense juive".

EXPLOITATION POLITIQUE ?

L'enquête judiciaire sur ce groupuscule a commencé en octobre 2011, après la transmission au parquet par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) d'informations laissant penser à un possible passage à l'acte.

En décembre, Forsane Alizza menaçait dans une vidéo postée sur son site internet d'entrer en guerre contre la France si elle ne retirait pas ses troupes des territoires à majorité musulmane, a expliqué le procureur.

Avant l'affaire Merah, on rapportait de source judiciaire qu'une opération était envisagée à l'encontre de ce groupe, notamment à la demande de la hiérarchie policière, mais qu'un débat existait alors sur son opportunité, un prolongement des surveillances étant susceptible de mieux fonder les poursuites.

L'affaire Merah a précipité l'opération, d'autant qu'il apparaissait sur les écoutes téléphoniques et les surveillances que le groupe pratiquait des entraînements physiques dans des parcs publics, cherchait des armes et se réunissait de manière "virtuelle" sur internet régulièrement, ce qui laissait penser à "un passage à l'acte imminent", a dit le procureur.

Plusieurs personnalités de l'opposition, comme l'ex-ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement et le candidat à la présidentielle du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, ont cependant estimé que l'opération faisait l'objet d'une exploitation politique de la part de Nicolas Sarkozy.

Le gouvernement a procédé par ailleurs lundi à l'expulsion de plusieurs religieux musulmans présentés comme radicaux.

Avec Yann Le Guernigou, édité par Patrick Vignal

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  • M1531771 le mardi 3 avr 2012 à 13:09

    Ils s'en foutent complètement d'être mis en examens....ils n'ont aucune considération pour les lois de la République et donc encore moins pour les décisions prises et rendues au nom de cette même République.... Quand nous aurons compris ça nous aurons tout compris !

  • 2445joye le mardi 3 avr 2012 à 12:23

    Ce genre de problème est du ressort des Services Secrets, pas des tribunaux. Là on est dans la com.

  • grokuik1 le mardi 3 avr 2012 à 12:21

    Ne peuvent pas faire leur travail dans le silence , comme ils le font dans les affaires !! n'ont pas encore retiré "niche fiscale" aux journalistes , pour que ces derniers restent à leurs bottes !!