"Traviata et nous" : la passion de l'opéra mise à nu au cinéma

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"Traviata et nous" All Rights Reserved
"Traviata et nous" All Rights Reserved

(AFP) - "Si Verdi était né en 1900 et pas en 1813, il aurait fait du cinéma et pas de l'opéra" : c'est avec cette idée que le réalisateur Philippe Béziat s'est lancé dans le tournage de Traviata et nous, qui sort mercredi dans une cinquantaine de salles en France.

Aix-en-Provence, été 2011. Dans le lieu magique qu'est la cour du théâtre de l'Archevêché, Natalie Dessay chante Violetta (la "traviata", la "dévoyée", c'est elle) dans la mise en scène de Jean-François Sivadier.

Quelques lustres, de grands panneaux suspendus figurant le ciel, des champs de fleurs, un plateau nu et quelques chaises. L'essentiel n'est pas dans le décorum mais dans la passion qui anime les chanteurs-acteurs, dans la musique superbement théâtrale de Verdi.

"Là elle pleure, alors on pleure", chuchote le chef d'orchestre Louis Langrée à ses violons lors d'une répétition saisie sur le vif.

Ni documentaire, ni opéra filmé, le film immerge le spectateur dans le "making of" de l'opéra, l'amenant à ressentir tour à tour la joie pétillante des fêtes où se perd Violetta, l'émotion qui la saisit face à l'amour du jeune Alfredo (Charles Castronovo), la passion éblouissante, le sacrifice insensé sur l'injonction du père (Ludovic Tézier), l'agonie...

Philippe Béziat a filmé au printemps 2011, pendant deux mois, les coulisses, le travail des techniciens, de la costumière, et surtout les répétitions, le lent accouchement de l'oeuvre.

La joie et la souffrance se lisent tour à tour sur le visage du metteur en scène Jean-François Sivadier, principal "acteur" de ce film avec Natalie Dessay, tendre et palpitante Violetta.

Lorsqu'elle a mal, c'est lui qui souffre, et il ne peut s'empêcher de bouger les lèvres à l'unisson lorsqu'elle chante. C'est bien ce couple du metteur en scène et de son actrice tendue vers la perfection du jeu qui fait la trame du film.

Bien sûr il y a les blagues pour détendre l'atmosphère lors des répétitions, le chant des cigales dans la nuit aixoise, le charme des platanes et des conversations sur un coin de table avec les techniciens.

Mais il y a surtout la lente montée en puissance du mélodrame, la recherche torturée de la bonne position, du bon geste. Jusqu'au final, où Natalie Dessay tombe inanimée après le dernier coup de baguette du chef d'orchestre, se relève, tombe encore, et encore, jusqu'à dix fois, pour trouver le bon rythme, la bonne chute, enfin.

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