Train : les effets de la libéralisation

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L'ouverture à la concurrence du chemin de fer profiterait non seulement aux usagers, mais aussi aux régions et à la SNCF, selon la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (FNAUT).

«C'est un vrai sujet de passion.» Ce constat de Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l'Environnement, a marqué le lancement des Assises du ferroviaire en septembre dernier. Cette réflexion au long cours sur le projet de libéralisation du système ferroviaire devrait aboutir à des propositions concrètes en janvier. Pour les syndicats de cheminots, ce projet fait peser la menace d'un «démantèlement du service public ferroviaire» et constitue «un vrai danger pour les chemins de fer en Europe». Ils ont appelé à la grève, ce mardi, pour s'y opposer.

L'introduction progressive de la concurrence dans le rail, en particulier dans le transport régional, est depuis longtemps réclamée par la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (FNAUT). «Les Trains express régionaux (TER) et les Trains d'équilibre du territoire (TET) sont mal exploitées par la SNCF», juge Jean Sivardière, son président. «Il faut reconquérir la clientèle qui a abandonné le transport public pour la voiture.» Il estime que la libéralisation du rail est un processus dans lequel les usagers, mais aussi les régions et la SNCF seront gagnants. «En Allemagne, la concurrence a permis une baisse des coûts d'exploitation, une amélioration de la qualité du service et une hausse de la fréquentation», observe-t-il. Qu'en serait-il en France ?

o Prix des billets

Les effets de la concurrence sur les tarifs concerneront surtout les lignes nationales (trains Grandes lignes et TGV). «Il est possible qu'un nouvel opérateur introduise de nouveaux tarifs ou une nouvelle structure de tarification», estime le président de la FNAUT. Pour pouvoir baisser les tarifs, en revanche, il devra réduire ses coûts d'exploitation. Le nouveau concurrent de la SNCF, Thello, dont les trains de voyageurs circuleront de nuit entre Paris, Milan et Venise à partir du 11 décembre, a ainsi décidé de seulement proposer des billets électroniques, comme le font les compagnies aériennes low-cost, ce qui lui permet de réduire ses frais. Ses prix varient de 35 euros à 200 euros l'aller simple, selon le confort. Pour les TER, en revanche, Jean Sivardière ne s'attend à aucune modification des tarifs, qui sont décidés par les régions. Une prérogative que les réflexions en cours ne devraient pas remettre en cause, selon le président de la FNAUT. «En termes de qualité du service, il importe de préserver pour l'usager le bénéfice de la continuité tarifaire en vigueur», préconise le sénateur du Bas-Rhin Francis Grignon dans un rapport remis en mai dernier à Thierry Mariani, le secrétaire d'État chargé des Transports. «Au Royaume-Uni, s'agissant des tarifs, la libéralisation a élargi l'offre et donc entraîné un surcroît de complexité», note le sénateur.

o Ponctualité des trains

Si globalement Réseau ferré de France, propriétaire du réseau de chemin de fer, se félicite que 88% des trains arrivent à destination avec moins de cinq minutes de retard, la ponctualité par type de trafic est très contrastée. Pour Jean Sivardière, cette ponctualité dépend de trois facteurs qui se partagent à peu près équitablement la responsabilité des retards de trains : la «performance de l'entreprise», c'est-à-dire sa capacité à entretenir le matériel ou à prévoir du personnel de réserve ; les «infrastructures», alors que l'usure de caténaires ou le manque de capacités et la saturation des réseaux peuvent provoquer des ralentissements du trafic donc des retards ; et enfin, la «société» et tous ses actes, allant du vol de câbles à l'agression des conducteurs en passant par les suicides. «La libéralisation ne peut avoir qu'un impact sur le premier facteur, à savoir la qualité de la performance de l'opérateur ferroviaire», souligne le président de la FNAUT.

o Ouvertures de lignes et fréquence des trains

Selon la loi aujourd'hui, Réseau ferré de France est le propriétaire du réseau et maître d'½uvre des travaux d'infrastructures, tandis que la SNCF est responsable de l'entretien. Pour les grandes lignes, l'Etat, en qualité d'autorité organisatrice, décide de l'ouverture ou non de nouvelles liaisons. «Pour l'instant, il n'est pas prévu que ce système change», note Jean Sivardière. Concernant la réouverture de lignes régionales, en revanche, les présidents des régions sont décisionnaires. «Ils pourront donc parfaitement faire appel à d'autres exploitants que la SNCF, s'ils le souhaitent.» Ce choix de l'opérateur peut cependant amener par ailleurs des innovations dans l'exploitation des TER : aménagement des horaires, augmentation de la fréquence des trains sur une ligne, etc. «En dopant ainsi l'offre, le nombre de voyageurs augmente. La démarche est donc rentable pour les régions», souligne le président de la FNAUT.

o Risques de grèves

«Il est difficile de savoir s'il y aura moins de grèves avec la concurrence», estime note Jean Sivardière qui constate cependant que la libéralisation du fret a entraîné une diminution des arrêts de travail. Selon lui, l'ouverture du rail est une «opportunité» pour les cheminots. «Les nouveaux opérateurs travailleront sans doute avec un personnel polyvalent pour réduire leurs coûts.» Un conducteur d'autorail pourrait ainsi être appelé à réaliser des tâches d'entretien, d'information des usagers ou de commercialisation des billets. «En étant plus varié, le travail devient plus intéressant et les salaires pourraient être plus élevés», juge le président de la FNAUT.

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  • JABUTI le mardi 8 nov 2011 à 18:44

    il faut privatiser et les syndicats n´ont qu´a se faire sauter