Tracfin intensifie sa lutte contre le financement du terrorisme

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par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - L'activité de Tracfin en matière de lutte contre le financement du terrorisme s'est intensifiée au premier semestre 2015, a annoncé mardi le directeur de la cellule de renseignements financiers de Bercy, qui a accru sa vigilance vis-à-vis du "crowdfunding" et du crédit à la consommation.

Au total, 230 informations ont été reçues et analysées au premier semestre, soit une hausse de 48% par rapport au premier semestre 2014, et 2.133 personnes ont été suivies par la cellule contre 3.500 pour l'ensemble de l'année 2014.

"Il y a une vigilance particulière et une priorité qui a été donnée à la lutte contre le terrorisme donc évidemment nous y avons mis plus de moyens", a souligné le directeur de Tracfin, Jean-Baptiste Carpentier, lors d'une conférence de presse. "Dans le même temps, les professions déclarantes sont plus attentives aujourd'hui qu'elles ne l'étaient il y a quelques mois."

Les attentats de janvier à Paris, qui ont causé la mort de 17 personnes, et plus récemment l'attentat commis à Saint-Quentin Fallavier, ont conduit Manuel Valls à faire état ce week-end d'une "menace terroriste majeure" en France.

Une nouvelle donne qui a poussé le gouvernement à intensifier sa lutte contre l'économie souterraine en s'attaquant notamment aux transactions anonymes susceptibles d'être liées à des actions de fraude, de blanchiment et de financement du terrorisme.

Dernière mesure en date, l'abaissement du plafond de paiement en argent liquide de 3.000 euros à 1.000 euros au 1er septembre pour les personnes résidant en France a été publié samedi au Journal officiel.

CROWDFUNDING

A Tracfin, où une dizaine de personnes s'occupent de la lutte contre le financement du terrorisme, une attention particulière est prêtée depuis quelques mois aux crédits à la consommation et aux sites de financement participatif (crowdfunding), dont la traçabilité reste vacillante.

L'information selon laquelle l'auteur de la prise d'otages de Vincennes et de la fusillade de Montrouge, Amedy Coulibaly, aurait contracté un prêt à la consommation chez Cofidis pour financer l'achat d'armes a eu un rôle déclencheur.

"Nous estimions jusqu'à une date récente que le crédit à la consommation était une opération à faible risque, parce que les montants étaient relativement limités", souligne Jean Baptiste Carpentier.

"L'expérience malheureuse de janvier a démontré que cet aspect-là devait être remis en question", ajoute-t-il, précisant avoir demandé aux déclarants d'"apporter une vigilance supérieure" à cette question.

"Au-delà du risque d'impayé, le déclarant doit aussi s'interroger sur le risque d'utilisation des fonds qui sont prêtés, avec certes des limites à l'exercice."

Concernant le crowdfunding, le risque d'une utilisation de cette technique par des "personnes mal intentionnées" n'est pas écarté.

"L'informatique ouvre le champ des dons d'une façon beaucoup plus large, avec une traçabilité parfois pas évidente, ce qui crée un nouveau risque", souligne le directeur de Tracfin, qui a minimisé les cas de financements de l'Etat islamique depuis la France.

"Daech n'a besoin de personne pour être financé", souligne-t-il. "C'est un mouvement qui aujourd'hui est autofinancé. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de liens financiers mais en l'état actuel, on ne peut pas dire qu'il y a des transferts majeurs financiers soit vers Daech soit de Daech vers nous."

Créé en 1990, Tracfin est l'un des six services de renseignements français, aux côtés notamment de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

(Edité par Yves Clarisse)

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