Traçabilité inexistante et contrôles insuffisants

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INFOGRAPHIE - Pour tous les produits transformés, les sanctions sont beaucoup trop légères pour les entreprises qui trichent sur les étiquettes.


«C'est lundi, c'est ravioli!» disaient les enfants dans le film d'Étienne Chatiliez La vie est un long fleuve tranquille. Ce que les parents Le Quesnoy ne savaient pas, en revanche, c'est ce qu'il y a vraiment dans ces raviolis. Car, pour tous les produits transformés, la législation est pour le moins légère et les contrôles sont quasiment inexistants.

«Vous voulez vendre des lasagnes et leur donner un petit air d'Italie? Il vous suffit de choisir des couleurs qui évoquent le pays pour l'emballage, puis vous vendez de la viande de b½uf française transformée en Allemagne. Vous n'avez aucune obligation de mentionner la provenance du b½uf», résume Olivier Andrault, responsable de l'alimentation à UFC Que Choisir.

L'histoire des lasagnes à la viande de cheval roumain a le mérite de pointer du doigt les défaillances de tout un système. «En matière de produits transformés, on ne sait rien», explique encore Olivier Andrault. Car il existe un véritable hiatus entre les exigences pour les produits bruts, nées du scandale de la vache folle, qui avait débouché sur l'obligation d'étiqueter le b½uf, et ce qui se fait aujourd'hui pour les produits transformés. En résumé, le consommateur sait d'où vient le filet de poulet qu'il achète chez son boucher ou au rayon boucherie de son supermarché mais pas d'où vient le poulet de son sandwich au poulet, de ses nuggets ou de ses cordons bleus. Or il y a de fortes chances qu'il vienne du Brésil, pays qui produit le poulet le moins cher du monde.

Appellation «made in France»

La traçabilité n'existe pas. Quand un produit est travaillé ou transformé en France, on peut apposer la mention «made in France», et ce, même si la viande vient de Roumanie. Il suffit qu'elle ait été cuite en France pour bénéficier de cette appellation.

«S'il y avait une obligation de mentionner la provenance de la viande, jamais Findus n'aurait écrit que le b½uf venait de Roumanie, ils auraient préféré choisir un autre fournisseur», estime Olivier Andrault qui rappelle que les fabricants sont responsables des produits qu'ils mettent sur le marché. L'achat de viande par l'intermédiaire de traders, comme c'est le cas pour les lasagnes au cheval, permet tout étiquetage puisque les entreprises changent très souvent de fournisseur. Il faudrait changer les étiquettes des produits transformés chaque fois que le trader change d'approvisionnement. C'est pourquoi les associations de consommateurs estiment que ce sys­tème de trading alimentaire met en péril la garantie sanitaire des aliments.

Par ailleurs, les sanctions sont beaucoup trop légères pour les entreprises qui trichent sur les étiquettes: les 37 500 euros d'amende et deux ans d'emprisonnement ne sont pas suffisamment dissuasifs pour les fraudeurs, estiment les associations de consommateurs.

Le vrai problème réside dans l'absence de contrôle. Le Havre, le plus grand port de France, reçoit 5 millions de conteneurs par an. Moins de 5 % d'entre eux subissent un contrôle. «Sans compter que la majorité d'entre eux sont visuels, alors imaginez comment il est possible de vérifier l'intérieur des boîtes de conserve!» nous confie ce spécialiste. Il y a quelques années, en pleine crise de la grippe aviaire, des importateurs avaient tenté de dissimuler leurs produits contaminés en écrivant dessus qu'il s'agissait de poisson... Mais la fraude avait été déjouée.

Manque de personnel

Autre exemple éloquent, celui des pâtés belges. Dans les années 1990, un trafic de déchets alimentaires de b½uf impropre à la consommation humaine partait de France pour la Belgique. Là-bas, les déchets bovins pour chiens et chats étaient transformés en pâté et saucisson pour l'alimentation humaine et revendus en Europe de l'Est. Un vétérinaire belge qui avait mis au jour ce trafic avait été retrouvé noyé dans le port d'Anvers. Ou encore: il y a quelques années en Russie, un stock de plusieurs tonnes de viande congelée destinée à l'exportation pour la consommation humaine était congelé depuis une quinzaine d'années...

Les connaisseurs du secteur pointent du doigt le manque de personnel. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) emploie aujourd'hui 3 000 personnes dont les deux tiers sur le terrain. «Impossible de mettre un agent derrière chaque produit mis sur le marché», confie en off l'un d'entre eux. Le ministre de l'Agriculture va d'ailleurs devoir répondre à la question des affectations des agents de l'État à propos de l'histoire des lasagnes au cheval, ajoute un autre.

«Tout le monde est responsable dans l'histoire des lasagnes, estime un ancien douanier. L'ensemble des fabricants, fournisseurs, sous-traitants, distributeurs, mais aussi les autorités françaises et européennes.» Il est vrai que la révision générale des politiques publiques (RGPP) a eu pour conséquence de faire perdre au corps de contrôle de la DGCCRF 500 agents sur 3 500 au cours de ces cinq dernières années. Et, comme le dit un syndicaliste, «moins il y a de contrôles, plus il y a de fraudes!». Le gendarme est le meilleur ami de l'agroalimentaire.

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  • smartel8 le mardi 12 fév 2013 à 13:39

    Le problème surtout c'est qu'il y a beaucoup de monde qui s'En met plein les poches . Alors la santé publique on s'en fout totalement ,et Line faut pas croire les autorités actuelles car ils sont comme les autres piégés dans un système de fric et mafieux ou il est plus possible de faire marche arrière ,,,,,,,,,,,,,,,

  • mfouche2 le mardi 12 fév 2013 à 09:37

    ce ne sont pourtant ni les fonctionnaires ni les services, directions, bureaux, cellules et autres départements administratifs qui manquent en France

  • kremlynx le mardi 12 fév 2013 à 09:27

    le probleme est surtout la pression sur les prix de la grande distribution !