« Tout ou rien » par Eric Galiègue (Cercle des analystes indépendants)

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La volatilité a fait son grand retour à la Bourse. Seuls les investisseurs à profil de risque moyen et supérieur peuvent revenir progressivement sur les marchés estime Eric Galiègue, président du bureau de recherche Valquant et membre du Cercle des analystes indépendants.

L’année 2015 est l’année du TOUT ou RIEN. L’éclatement de la bulle chinoise peut être interprété de deux manières diamétralement opposées. L’une s’inscrit dans le scénario favorable, le scénario « TOUT ». L’autre, au contraire, précipiterait la planète dans le scénario du « RIEN »…

Selon le scénario du « TOUT », la « dévaluation » du Yan a été mal interprétée ; elle peut être considérée comme la poursuite de l’intégration de la Chine dans le marché des changes. Par la mise en place d’un flottement de plus en plus libre, les autorités chinoises ont voulu que le marché fixe la valeur du Yuan. La maladresse de timing est évidente, et les investisseurs ont considéré que la Chine abandonnait sa volonté de recentrer son économie sur la consommation, en reprenant son modèle mercantiliste, qui s’appuie sur ses exportations et une devise de combat. La « dévaluation » du Yuan, de 5% seulement, serait donc un malentendu, et aurait été injustement interprétée par les marchés. Depuis plusieurs années, le Yuan s’apprécie, et on est loin des pratiques des années 80, comme le montre le graphique suivant :

« Tout ou rien » par Eric Galiègue (Cercle des analystes indépendants)
« Tout ou rien » par Eric Galiègue (Cercle des analystes indépendants)

Le ralentissement de l’économie chinoise est bien naturel. Le niveau du PIB chinois a augmenté d’une manière colossale depuis 10 ans, quoi de plus normal que la croissance ralentisse ? La génération de PIB en $ est la même, avec une croissance à 5 % aujourd’hui, qu’avec une croissance de 10 % il y a 5 ans ! 

« Tout ou rien » par Eric Galiègue
« Tout ou rien » par Eric Galiègue (Cercle des analystes indépendants)

Ce ralentissement touche peu les pays développés. Les importations chinoises de biens et services allemands représentent 2 % du PIB Allemand, et les importations chinoises de biens et services américains, 1 % du PIB des USA !

Le ralentissement de l’économie chinoise met un terme à la longue de période de prix élevé des matières premières… Le miracle économique chinois s’est traduit par une très forte hausse du prix des matières premières, et notamment celui du pétrole. Le contre choc pétrolier est durable, et il est certain que le cours du pétrole à 60 $ -  70 $ en moyenne au lieu de 100$, est une bonne nouvelle durable pour l’économie européenne, et plus particulièrement la zone € ( et par ailleurs le Japon).

« Tout ou rien » par Eric Galiègue
« Tout ou rien » par Eric Galiègue (Cercle des analystes indépendants)

Au total, si la panne de croissance justifie une révision en baisse de la croissance mondiale, comme l’a annoncé récemment la directrice générale du FMI, Mme Lagarde il faut vraiment relativiser l’impact du ralentissement économique de la Chine.

Du coté monétaire, la prise en compte de la situation très difficile des pays émergents, pourrait inciter le Fed à reporter en 2016 la hausse des taux. Cette « rallonge » de liquidité pourrait ainsi faciliter la poursuite d’un marché haussier…

Le scénario du « RIEN » est à base essentiellement financière. Le problème n’est pas forcément de craindre l’impact récessif  sur le reste du monde, du ralentissement de l’économie chinoise. La panne de croissance mondiale est avérée, et la situation de la Chine ne fait que l’aggraver…Le vrai sujet est de se demander si la crise chinoise n’a pas déjà cassé le cycle financier actuel. Elle catalyserait un retournement du cycle très psychologique de l’aversion au risque. A ce titre, deux indicateurs semblent avoir définitivement sifflés la « fin de la partie » : l’enfoncement des moyennes mobile un an, et la hausse brutale de la volatilité des marché. Ces deux indicateurs précèdent habituellement les entrées en cycle baissier….

« Tout ou rien » par Eric Galiègue
« Tout ou rien » par Eric Galiègue (Cercle des analystes indépendants)

Alors,  scénario « TOUT » ou scénario « RIEN» ? Pour notre part, nous considérons que les investisseurs à profil de risque bas ne doivent pas pratiquer ce marché : il est beaucoup trop risqué à ce stade. Nous les avons définitivement sortis en mars. Le investisseurs à profil de risque moyen et supérieur, peuvent revenir progressivement sur le marché. Même si la probabilité de réalisation du scénario « RIEN » a augmenté, nous pensons toujours que le plus probable demeure le scénario « TOUT ». Il ne sera validé que si la Fed n’augmente pas ses taux le 17 septembre, et si les cours remontent rapidement au-delà de leur moyenne mobile un an…

Eric Galiègue

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d’analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

 

 

 

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  • ccondem1 le vendredi 4 sept 2015 à 10:47

    Et la théorie des chiffres chinois passablement surestimés depuis plusieurs trimestres ? ;-)