Tout est à faire pour le renseignement pénitentiaire, dit Urvoas

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JEAN-JACQUES URVOAS ESTIME QUE TOUT RESTE À FAIRE EN MATIÈRE DE RENSEIGNEMENT PÉNITENTIAIRE
JEAN-JACQUES URVOAS ESTIME QUE TOUT RESTE À FAIRE EN MATIÈRE DE RENSEIGNEMENT PÉNITENTIAIRE

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Tout reste à faire en matière de renseignement pénitentiaire, a estimé mercredi le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas, ajoutant qu'un véritable outil en la matière ne serait prêt que début 2017.

Le rôle des prisons comme incubateur ou accélérateur de la radicalisation est décrit par de nombreux spécialistes. Quelque 163 personnes de retour de Syrie sont actuellement détenues.

"Il y a de la collecte de renseignements à l'intérieur de l'univers carcéral (...) mais je n'appelle pas ça faire du renseignement", a déclaré mercredi Jean-Jacques Urvoas devant la commission d'enquête parlementaire sur la lutte contre le terrorisme.

"Je crois que tout est à faire dans ce domaine", a-t-il ajouté, évoquant notamment un manque de mise en perspective et d'anticipation.

Le ministre s'est ainsi étonné de ne pas avoir reçu, depuis sa prise de fonction, il y a quatre mois, une analyse sur "la progression de la radicalité" en prison.

"Je ne dis pas que c'est bien ou que c'est mal, je constate que je n'ai rien vu de tel", a-t-il dit.

Et de citer le parcours d'Amedy Coulibaly, qui a tué une policière et quatre juifs à Montrouge (Hauts-de-Seine) et Paris en janvier 2015, comme une preuve des "carences" en la matière.

Entre 1999 et 2009, le tueur de l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes a été condamné à six reprises, passant par cinq établissements pénitentiaires différents.

"Nous avons besoin de construire un échelon central d'animation, d'orientation, de synthèse et de transmission de l'information", a estimé mercredi le garde des Sceaux. "Aujourd'hui, cet échelon central est beaucoup trop faible."

Au sein de l'administration pénitentiaire, 389 personnes travaillent de près ou de loin, à temps complet ou partiel sur ces questions, selon ses estimations. "Les personnes sont là, la motivation est là", a-t-il dit. "Il reste maintenant à agir."

DES BROUILLEURS SOUVENT CADUCS

Selon Jean-Jacques Urvoas, un outil performant de renseignement pénitentiaire, à la fois en matière de doctrine et d'architecture, "sera construit au début de l'année 2017."

Le ministre a rappelé mercredi l'augmentation du nombre de téléphones portables saisis en détention, où ils sont pourtant interdits : un peu plus de 30.000 téléphones et accessoires en 2015, pour près de 77.000 détenus au 1er janvier 2016.

Cinq des sept Alsaciens actuellement jugés à Paris pour avoir reçu un entraînement militaire au sein d'un groupe islamiste en Syrie ont fait l'objet de sanctions disciplinaires pour possession de téléphones ou de puces. [ID:nL8N18R2SP]

C'est le cas de Karim Mohamed-Aggad, le frère aîné d'un des tueurs du Bataclan, sanctionné à deux reprises en 2015.

"Il y a un principe de base, c'est de dire : il n'est pas question qu'il y ait des téléphones en prison", a assuré Jean-Jacques Urvoas. "En réalité, il y en a 30.000."

"La plupart" des 804 brouilleurs dont disposent les autorités - et qui peuvent couvrir 53% des établissements pénitentiaires - sont technologiquement caducs, et des brouilleurs plus performants risquent d'être vite dépassés à leur tour, a-t-il souligné.

Face à cette difficulté, les autorités vont tenter une nouvelle expérience dans la Meuse, en plaçant "un téléphone filaire dans chaque cellule", a-t-il annoncé.

"Ensuite, plutôt que de brouiller, il serait peut-être plus utile de détecter", a-t-il suggéré.

Interrogé sur les unités de regroupement des détenus radicalisés, actuellement testées dans plusieurs prisons, le ministre de la Justice a dit ne pas être en mesure, à ce stade, de juger leur efficacité.

La question divise au sein de l'Union européenne, a-t-il souligné. Les Britanniques sont ainsi très "réservés" sur le principe tandis que les Italiens sont "plutôt réceptifs".

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