Touraine juge inutile une nouvelle réforme des retraites de base

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MARISOL TOURAINE NE PRÉVOIT PAS DE NOUVELLE RÉFORME DES RETRAITES DE BASE
MARISOL TOURAINE NE PRÉVOIT PAS DE NOUVELLE RÉFORME DES RETRAITES DE BASE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, juge inutile une nouvelle réforme du régime de base des retraites et qualifie d'"irresponsable" tout catastrophisme en la matière.

Elle s'appuie sur les dernières projections du Conseil d'orientation des retraites (Cor), qui prennent en compte l'impact de sa réforme du 20 janvier 2014 et font apparaître des perspectives financières moins négatives que celles de fin 2012, sur lesquelles le gouvernement s'est adossé pour élaborer cette réforme des retraites de base.

"Le rapport du Cor montre que la réforme (de janvier 2014) porte ses fruits et qu'on peut rassurer les Français : nous n'allons pas vers un crash du système de retraite", a déclaré mardi Marisol Touraine à des journalistes. "Une autre réforme des régimes de base n'est pas nécessaire."

Le Comité de suivi des retraites mis en place en 2014 n'exclut pas, cependant, de faire en juillet 2015 des recommandations au gouvernement, comme c'est son rôle, pour tenir compte des aléas économiques, a récemment déclaré sa présidente, Yannick Moreau.

Le Cor prévoit, sur la base des prévisions macroéconomiques du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2015, un déficit de l'ensemble des régimes passant de 9,3 milliards d'euros en 2014 à huit milliards en 2018.

A plus long terme, ce solde financier serait moins dégradé, d'environ 0,6 points de PIB en 2020 et un point à partir de 2030, que ne le laissaient prévoir les projections de 2012, à condition que le chômage baisse nettement d'ici là.

"POSTURE IDÉOLOGIQUE"

Selon le Cor, le système de retraite pourrait, alors, "en cas de croissance suffisante des revenus d'activité, revenir à l'équilibre dans la deuxième partie des années 2020".

Ce serait notamment le cas dans le scénario macroéconomique retenu par le gouvernement pour la réforme de janvier 2014, qui table sur une croissance de la productivité du travail de 1,5% par an et un retour du taux de chômage de 4,5% en 2031.

"Il est irresponsable de la part d'hommes ou de femmes politiques d'agiter le spectre d'un crash", souligne Marisol Touraine, dans une allusion à des propos de Xavier Bertrand en réaction au rapport du Cor et à une étude alarmiste de la Cour des comptes sur les régimes complémentaires.

"La faillite c'est demain", a déclaré l'ancien ministre UMP sur France Info. "Il faut accepter de travailler plus longtemps. Il faudra passer à 65 ans comme âge de départ."

La réforme de 2010, votée sous le quinquennat du président UMP Nicolas Sarkozy, a prévu de porter progressivement à 62 ans l'âge légal de départ à la retraite et à 67 ans celui de la pension à taux plein en cas de cotisations insuffisantes.

Le gouvernement socialiste actuel refuse d'envisager un nouveau relèvement : "Le relèvement des bornes d'âge n'est pas la solution", explique Marisol Touraine.

"Cela ne veut pas dire qu'on n'accepterait pas qu'il faille travailler plus longtemps", ajoute-t-elle cependant.

Le ministre du Travail, François Rebsamen, a pour sa part déclaré mardi à l'Assemblée nationale que s'il fallait "progressivement (...) allonger la durée de cotisation, eh bien nous le ferons".

Le Cor prend pour sa part soin de nuancer ses projections en multipliant hypothèses et scénarios.

RÉGIMES COMPLÉMENTAIRES MENACÉS

Il présente ainsi une prévision à court terme fondée sur l'hypothèse que les cotisations de l'Etat employeur et les subventions versées à certains régimes spéciaux pour équilibrer leurs finances évoluent comme la masse salariale.

Dans ce cas, le déficit de l'ensemble des régimes de retraite continue à se creuser après 2015 pour atteindre 11,1 milliards d'euros en 2018 et non plus huit milliards.

A long terme, si la croissance des revenus d'activité demeurait inférieure à 1,5% par an, le système de retraite resterait durablement déficitaire (-0,5% à -1,2% du PIB en 2040 et -0,5% à -1,6% en 2050).

Le Cor introduit aussi des paramètres plus conformes aux réalités constatées, dont un chômage à 10% jusqu'en 2060. Cela conduirait à une dégradation supplémentaire du solde du système de 0,1 point de PIB en 2020, 0,5 point en 2040 et 0,3 en 2060.

Il estime en tout état de cause qu'un retour à l'équilibre ne sera possible qu'au prix d'un allongement de l'âge effectif moyen du départ à la retraite à 64 ans vers 2040 et d'une dégradation de la situation relative des retraités.

Le Cor confirme enfin comme la Cour des comptes la situation alarmante des régimes de retraites complémentaires Agirc et Arrco, dont le déficit, prévoit-il, continuera à se creuser, si aucun correctif n'y est apporté, jusqu'à constituer plus de la moitié du besoin de financement global du système en 2017-2018.

La Cour des comptes recommande, pour remédier à cette situation, de combiner des mesures d'âge aux mesures sur les cotisations et le niveau des pensions et évoque dans son rapport un recul d'un ou deux ans du départ à la retraite.

L'exécutif laisse aux partenaires sociaux gestionnaires de Agirc-Arrco la responsabilité de trouver un remède en 2015, mais il suivra ce dossier "avec une grande attention", assure Marisol Touraine, pour qui "faire du catastrophisme n'a pas de sens".

(Edité par Yves Clarisse)

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  • M8252219 le mardi 16 déc 2014 à 17:17

    Réformes des retraites des élus et des fonctionnaires payées par les cotisations des salariés du privé et de toutes les retraites des statuts spéciaux ponctionnant les caisses alimenté par les salariés du privé(intermittents sncf.......)

  • M7097610 le mardi 16 déc 2014 à 16:34

    il faudrait cette fois reformer les retraites des fonctionnaires et des parlementaires...vous n'y pensez pas ! Il faut que les privé continue de payer !

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