Touraine annonce une nouvelle hausse du nombre de médecins formés

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La ministre de la Santé française Marisol Touraine à Paris, le 23 novembre 2016 ( AFP / PHILIPPE LOPEZ )
La ministre de la Santé française Marisol Touraine à Paris, le 23 novembre 2016 ( AFP / PHILIPPE LOPEZ )

Former plus de médecins pour pallier la pénurie : la ministre de la Santé Marisol Touraine a annoncé jeudi un nouveau relèvement du nombre d'étudiants en médecine, une mesure "politique" accueillie avec scepticisme par les syndicats.

Préoccupation majeure à quelques mois de la présidentielle, le problème des déserts médicaux a encore été débattu jeudi à l'Assemblée nationale, à travers une proposition de loi UDI.

L'occasion pour la ministre de vanter la "politique forte, volontariste, innovante" menée depuis 2012 en faveur de l'installation de jeunes médecins en zones sous-dotées (maisons de santé pluridisciplinaires, contrats d'engagement de service public, etc).

Le gouvernement a toujours privilégié les aides financières et autres mesures incitatives, par opposition aux mesures coercitives préconisées dans le texte du chef de file des députés centristes, Philippe Vigier, un mois après le rejet d'un amendement au projet de budget de la sécurité sociale dans ce sens.

Mais si cette politique "commence à porter ses fruits", elle doit être "poursuivie et amplifiée", a insisté la ministre.

Ainsi, le numerus clausus, qui détermine le nombre d'étudiants accédant à la deuxième année d'études, "sera augmenté de 478 places supplémentaires dans 22 facultés, soit une augmentation de 11%" pour ces 22 facultés, a annoncé Mme Touraine. La liste des établissements concernés sera publié "prochainement par arrêté", a-t-on indiqué au ministère.

A noter que sur l'ensemble des facs, la hausse dépassera à peine 6%.

Cette mesure vient après 131 places annoncées l'année dernière pour 10 régions en manque de médecins, a-t-elle rappelé.

Sera-t-elle adaptée à la pénurie de généralistes, la plus pressante, notamment en raison de l'explosion des départs en retraite ? De 2007 à 2025, la France aura perdu un quart de généralistes, calcule l'Ordre des médecins.

Contactées par l'AFP, les organisations professionnelles, étudiantes ou d'internes (en troisième cycle d'études) se montrent en outre très réservées. Elles s'interrogent en particulier sur les conditions de mise en œuvre dans des facs aux "capacités déjà largement débordées", selon Claude Leicher, le président de MG France.

Il faudra augmenter le nombre d'enseignants et les possibilités de stages, prévient-il. Attention à ne pas "sacrifier la qualité de la formation", renchérit Antoine Oudin, le président de l'Anemf (étudiants).

- 'un affichage politique' -

"C'est surtout un affichage politique, cela nous paraît intenable au vu des capacités actuelles", s'inquiète Stéphane Bouxom, porte-parole de l'Isnar-IMG (internes de médecine générale).

La mesure mettra "au mieux 10 ans" à porter ses fruits souligne pour sa part Olivier Le Pennetier (Isni, internes), rappelant qu'il faut surtout travailler sur l'attractivité des zones sous-denses, où le conjoint du médecin doit pouvoir "trouver un travail" et "scolariser ses enfants".

Augmenter le nombre de stages dans les cabinets de ville, mettre en place une politique d'accueil des nouveaux médecins, les aider à se loger sont autant de mesures dont les effets se ressentiront plus rapidement, estime M. Bouxom.

Jean-Paul Ortiz, le président du premier syndicat de médecins libéraux (CSMF) a de son côté fustigé "une annonce spectaculaire" ne tenant pas compte des "vraies problématiques".

Mais la ministre ne s'arrêtera pas là. Elle a promis dans l'hémicycle que "de nouvelles règles de zonage" se mettraient en place. Elle envisage aussi "des dispositions -nécessairement législatives-, qui permettront de traiter la situation des médecins qui n’ont pas soutenu leur thèse dans les temps et souhaitent exercer la médecine". Au grand bonheur d'Emilie Frelat, la présidente du Snjmg (jeunes généralistes), qui défend depuis longtemps ces "privés de thèses".

Tous les syndicats saluent enfin l'abandon de mesures coercitives par l'Assemblée. Celles-ci risqueraient d'entraîner "une médecine à deux vitesses" en poussant les médecins à rompre leurs liens avec l'Assurance maladie, a redit la ministre.

Parallèlement au bilan, "dans les prochaines semaines", de la politique menée depuis le début du quinquennat, une mission parlementaire sur la démographie médicale "permettra de faire un point, et le cas échéant d’aller plus loin", a-t-elle assuré.

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