Tour de vis pour les "paladares" à Cuba

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    LA HAVANE, 17 octobre (Reuters) - La municipalité de La 
Havane a suspendu temporairement l'octroi de licences pour 
l'ouverture de restaurants privés et invite les établissements 
existants à cesser de violer les règlements. 
    Ce tour de vis des autorités, disent certains de ces petits 
entrepreneurs, tombe au plus mal, à l'orée de la pleine saison 
touristique. Avec en plus des milliers d'Américains cherchant à 
profiter de l'assouplissement des conditions de voyage à Cuba. 
    La Havane compte des centaines de restaurants privés, les 
"paladares", et il y en a environ 1.700 dans tout le pays, selon 
le ministère du Tourisme. Ils ont fait leur apparition il y a 
six ans lorsque le président Raul Castro a levé certaines 
restrictions à l'entreprise privée. 
    Mais travailler dans le privé à Cuba n'est pas chose aisée. 
Alors, on s'arrange avec le règlement, on contourne la 
législation, on se fournit au marché noir, etc. 
    Plusieurs propriétaires de "paladares", dont certains des 
plus connus de La Havane, disent avoir été convoqués ces 
dernières semaines par les autorités municipales. 
    Après des louanges sur leur contribution à l'économie du 
pays, en particulier au secteur du tourisme, on leur a présenté 
la liste de toutes les choses auxquelles ils contrevenaient. 
    "Bien sûr, techniquement ils ont raison", reconnaît le 
patron d'un des restaurants les plus fameux de La Havane. "Ils 
ont été très polis et n'ont rien dit ce qui allait se passer 
mais on est tous sûrs qu'une vague d'inspections arrive". 
     
    PAS D'ENRICHISSEMENT 
    En attendant, selon un des entrepeneurs convoqués, "ils ne 
vont plus délivrer de licences". 
    Les autorités municipales ou nationales n'ont pas répondu 
aux sollicitations de Reuters sur ce point. 
    Officiellement, les "paladares" ne doivent pas compter plus 
de 50 places et ont obligation de se fournir dans les magasins 
ou sur les marchés d'Etat, à des prix souvent élevés. 
    Leur rentabilité, disent des experts à la fois cubains et 
étrangers, est de ce fait très difficile à assurer. 
    Alors, comme les responsables de la mairie de La Havane 
l'ont dit à leurs interlocuteurs, ils ne paient pas leurs 
impôts, ne respectent pas la règle des 50 places, se fournissent 
au marché noir, violent le code du travail ou encore ignorent 
les horaires d'ouverture légaux. 
    Ce n'est pas la première fois que les autorités cubaines 
s'en prennent aux petits entrepreneurs privés après les avoir 
autorisés, parfois au compte-gouttes. L'an dernier, l'Etat est 
ainsi revenu sur certaines réformes dans les secteurs de 
l'agriculture et du transport. 
    Officiellement, c'est dans un souci d'éviter que certains 
Cubains ne s'enrichissent trop et de voir des disparités de 
revenus apparaître dans un pays qui se dit encore communiste.    
 
 (Marc Frank, Gilles Trequesser pour le service français) 
 
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