Tour de France: quand le gentil Froome devient brute

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ITINÉRAIRE D'UN BATTANT
ITINÉRAIRE D'UN BATTANT

par Gilles Le Roc'h

PARIS (Reuters) - Christopher Froome a eu pendant la Vuelta 2011 la sensation qu'un jour il serait capable de gagner un Grand Tour, il a mis deux ans pour la concrétiser dans le Tour de France et couronner un itinéraire qui témoigne de son opiniâtreté.

Rien sans doute ne décrit mieux le Britannique que son attitude sur son vélo. Sa capacité à souffrir, sa volonté de se surpasser, de prendre le dessus sont tout ce qui fait son identité.

Sur sa machine, face à ses rivaux, c'est une brute. Dès qu'il en descend, il est le plus gentil des hommes.

Quand il lui faut se faire violence pour répondre à l'accélération d'un rival, il ne regarde plus rien, ni le dos qui le précède, ni qui roule à côté de lui.

Il baisse la tête, il fixe la route, domine ses sensations. Il écarte les bras, son corps ne parvient pas à s'allonger, son buste donne l'impression d'être bloqué, sa bouche fait un rictus.

Jamais le leader du Team Sky n'aurait reçu le Prix de l'élégance aujourd'hui disparu.

Il est en revanche un vainqueur du Tour remarquable pour ce qui est de la volonté et de la discipline, traits de caractère qu'il a formés tout au long de son parcours.

Froome est jeune quand au Kenya il roule en VTT sur des pistes qui sont ses Champs-Elysées d'alors. Il ne pense qu'à s'amuser - même s'il doit un jour monter dans un arbre pour échapper à la charge d'un rhinocéros.

KENYA

Et puis, à force de rouler avec ses copains, l'idée d'être le meilleur lui est venue. Un soir de détente dans le Tour, il a évoqué une sortie avec un bon coureur kényan, David Kinjah, qu'il aimait suivre sur la route menant de Nairobi à nulle part.

Un jour Froome a suivi son aîné sur 75 kilomètres. Quand Kinjah lui a demandé de remonter dans la voiture qui leur servait d'assistance, le blondinet a refusé. Il a fait le chemin retour en souffrant comme un beau diable mais en s'accrochant.

Sans doute avait-il déjà la tête baissée, les yeux fixés sur la route et les bras écartés?

"Quand j'avais 20 ans, je vivais à Johannesburg et je suivais des études d'économie. Je faisais toujours des compétitions cyclistes mais j'avais du mal à concilier études et entraînement", enchaîne-t-il.

"À 22 ans, en 2007, j'ai eu l'occasion de rejoindre le Centre mondial du cyclisme à Aigle et de courir de temps en temps avec l'équipe continentale Konica-Minolta. J'ai décidé de prendre une année sabbatique et de donner une chance au cyclisme. Si ça n'avait pas marché, j'aurais repris mes études. J'ai gagné une étape de montagne du Tour des régions italiennes. L'équipe Barloword m'a recruté et mon histoire a commencé."

Le Centre mondial était alors dirigé par le Français Michel Thèze qui dit aujourd'hui que, de tous les coureurs qu'il a formés, Froome était celui disposant du plus gros moteur.

Sa progression fut cependant freinée par la bilharziose, une maladie contractée au Kenya et dont il doit vérifier tous les six mois que la bactérie n'est pas active.

Puis est venu le temps du Team Sky.

TEAM SKY

"Lorsque j'ai rejoint cette équipe qui était faite pour moi, ils m'ont demandé de préciser mes aspirations. Je leur ai dit de prendre les choses dans l'ordre, court terme, moyen terme, long terme et j'avais précisé quelques rêves. Le Tour était le plus long terme", dit-il.

C'est donc dans la Vuelta 2011, en équipier de Bradley Wiggins mais finalement deuxième du classement final devant lui, que Froome a réalisé qu'un jour il pourrait être un vainqueur de Grand Tour.

Et c'est en acceptant de finir deuxième derrière Wiggins dans le Tour 2012 alors qu'il était bien plus fort que lui en montagne, que le natif de Nairobi a compris que c'est la Grande Boucle qu'il gagnerait.

Dès lors, il a accepté tous les sacrifices, n'a jamais rechigné à travailler comme un forcené, a donné sa vie à ce projet.

Il a réussi et quand on lui demande comment il voit l'avenir, il répond:

"Je vais attendre de découvrir le tracé de la prochaine édition, en octobre à Paris, pour décider si le Tour est de nouveau la course sur laquelle je dois tout miser."

"Si tel est le cas, je ne changerai pas beaucoup. Je vais juste essayer de mieux me préparer pour vivre la pression du Tour. L'expérience de cette année va m'aider. Tout ce qui s'est passé depuis le 29 juin est d'un autre niveau, la course, l'ambiance... Chaque jour a été un défi. J'espère y revenir, je suis prêt à le revivre."

Edité par Jean-Paul Couret

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