Tour de France: "Qu'ils se taisent !", dit Christian Prudhomme

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CHRISTIAN PRUDHOMME CERNÉ PAR LES QUESTIONS SUR LE DOPAGE
CHRISTIAN PRUDHOMME CERNÉ PAR LES QUESTIONS SUR LE DOPAGE

par Gilles le Roch

PORTO-VECCHIO, Corse-du-Sud (Reuters) - Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, préférerait magnifier la centième édition de l'épreuve et évoquer la première incursion de l'épreuve en Corse, mais une nouvelle fois le dopage est à la Une, ce qu'il regrette comme il l'a confié vendredi à Reuters.

Il doit donc encore consacrer son énergie à parler de dopage, qui plus est dopage des années 90 et 2000, et livrer son sentiment sur l'affaire du jour, la déclaration de Lance Armstrong dans les colonnes du Monde affirmant qu'à son époque il n'était pas possible de gagner le Tour sans se doper.

Reuters : Comment appréhendez-vous cette semaine débutée par l'annonce du contrôle positif de Laurent Jalabert il y a quinze ans ?

Réponse : Je crois que nous ne sommes pas paranos. Lors des 15 derniers Tours de France, à 14 reprises, il y a eu quelque chose dans les trois semaines ou le mois précédant le départ du Tour de France. Il y a une réminiscence d'événements malsains, qui nuisent au Tour qui ne peut pas être le fruit du hasard. Qu'on ait le nom d'un coureur dont on annonce qu'il est dopé le 24 juin 2013 pour un contrôle qui a eu lieu le 22 juillet 1998, forcément, on peut se poser des questions. La lutte antidopage est capitale mais quand on dit qu'on ne cible pas un sport en particulier, qu'est ce que ce serait si on le ciblait en particulier ?

Reuters : Ce n'est pas le cyclisme qui est attaqué mais le Tour de France ?

R : Le Tour connaît un tel succès médiatique, avec ses 2.300 journalistes accrédités, avec tous les pays qui reprennent les images, que la caisse de résonance médiatique est phénoménale. Je peux comprendre qu'il est des calendriers qui n'aient rien à voir avec celui du cyclisme et qui s'entrechoquent mais 14 fois lors des 15 dernière années, ce n'est pas possible. Pour certains, le Tour est une occasion inouïe de communiquer.

Reuters : Que vous inspire la dernière déclaration de Lance Armstrong ?

R : Je crois que ceux qui ont fait du mal et beaucoup de mal au Tour pourraient se taire plutôt que d'allumer les feux de la polémique partout et de contribuer à ce qu'ils dénoncent. Ce serait bien tout simplement. Il est grand temps que ceux qui ont sali l'image du Tour le laissent un peu tranquille. Qu'ils se taisent ! Dans le même temps, on ne peut pas donner du crédit à des gens dont on ne croyait jamais la parole et dont on boit désormais la parole. D'un seul coup ces gens-là détiendraient la vérité ?

Reuters : Quel est votre espoir à la veille du départ ?

R : Le Tour doit retrouver de la sérénité dans la centième édition. C'est un événement rarissime. Parce que l'hiver fut terrible avec les révélations avec l'affaire Armstrong, parce que les gens s'intéressent au Tour par le prisme de son histoire. Je forme le voeu que le Tour retrouve sa place entière, énorme, dans les rubriques sportives.

Reuters : Pour qu'il retrouve de la sérénité en France, ne faut-il pas qu'un Français, et plutôt jeune, gagne ?

R : Je ne veux surtout pas lui mettre de la pression mais en 2012, un garçon de 22 ans, pour sa première participation, a gagné une étape, a signé un Top 10 au général, on ne l'avait pas vu depuis 1947 (Thibaut Pinot, NDLR). Quand on est bon, ce n'est donc pas une question d'âge. On l'a vu dans le coup. Et on le voit cette année à un niveau plus constant, devant et à l'attaque à chaque fois que ça monte. Quand la course entre sur son terrain, il répond présent. Le public appréhende le Tour le plus souvent par la performance et les résultats de ses champions nationaux. En Angleterre, les gamins font du vélo aujourd'hui. En Australie, on me dit merci. La performance des coureurs français est essentielle au succès du Tour de France.

Edité par Chrystel Boulet-Euchin

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