Tour de France: Nairo Quintana, petit gabarit, coeur d'acier

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LE COLOMBIEN NAIRO QUINTANA SUR LA DEUXIÈME MARCHE DU PODIUM
LE COLOMBIEN NAIRO QUINTANA SUR LA DEUXIÈME MARCHE DU PODIUM

par Gilles Le Roc'h

PARIS (Reuters) - Le Colombien Nairo Quintana a été un être de sang-froid trois semaines durant. À 23 ans, il a assumé le rôle de leader d'une des meilleures équipes du monde sans jamais laisser percevoir la moindre émotion, la moindre crainte.

Son visage révèle son origine, la cordillère des Andes. Son physique rappelle l'extraordinaire qualité de grimpeur de ces coureurs taillés pour avaler des kilomètres en côte comme les Flamands le sont pour dévorer les pavés.

Pas de doute, Nairo Quintana est le chef de file d'une exceptionnelle génération de coureurs de ce pays d'Amérique du Sud qui renaît au cyclisme après une éclipse de quinze ans.

Avec lui, les Rigoberto Uran, Sergio Henao, Darwin Atapuma, Carlos Betancur ou Winner Anacona sont l'avenir d'un sport qui trouve enfin un deuxième souffle en ranimant la légende de ces hommes venus des montagnes et capables de les renverser toutes.

Nairo Quintana, petit gabarit mais c?ur d'acier, survivant, très jeune, d'une grave maladie est venu au cyclisme naturellement, en enfourchant chaque jour son vélo pour aller à l'école, distante de 18 kilomètres en descente. Chaque soir, il lui fallait remonter en restant assis sur sa selle et il y prenait toujours plus de plaisir.

C'est par le formidable programme Colombia es Pasion que le gamin de Combita s'est révélé, en gagnant notamment le toujours révélateur Tour de l'Avenir en 2010. Il avait 20 ans. Puis il intégra l'équipe Movistar qui eut le mérite de ne jamais tirer sur la corde de cette petite pépite qui a éclairé la planète cyclisme samedi en s'imposant au sommet du Semnoz.

EMOTION

Il avait en 2012 fait la promesse de très vite devenir incontournable en s'imposant dans la Route du Sud puis dans l'étape reine du Critérium du Dauphiné à Morzine. Samedi, donc, il s'est imposé dans une étape du Tour de France et a ajouté à son triomphe une deuxième place au classement final du Tour, le maillot à pois du meilleur grimpeur et le maillot blanc du meilleur jeune.

Il est alors venu rencontrer les journalistes, comme toujours la tête rentrée dans les épaules, la voix cassée et le regard fixe. Puis, soudain, il s'est exprimé en essayant de masquer ses larmes d'un mouchoir pudique et a offert au 100e Tour de France, un rare moment d'émotion.

"Je suis sans voix? C'était une journée spectaculaire, je rêvais de vivre ça. Je ne pensais pas que ça arriverait si vite? La pression retombe, c'est une très grande émotion. Je ne peux pas retenir mes larmes", a-t-il dit.

Il a évoqué l'amour de ses parents, le soutien de toute son équipe. Il s'est référé à "Lucho" Herrera, pionnier du cyclisme colombien en Europe dans les années 80.

Il a dit son amitié pour Mauricio Soler, qui fut le dernier colombien à gagner une étape en 2007 à Briançon et fut également le meilleur grimpeur du Tour cette année-là mais qui a été fauché dans le Tour de Suisse 2010 par une terrible chute qui l'a laissé handicapé à vie.

"Avant de rejoindre la Corse pour le départ du Tour, Mauricio m'a donné cette médaille pour m'accompagner tous les jours, elle est mon porte-bonheur. Ce qui m'arrive est aussi grâce à lui. Je souhaite qu'il récupère très vite", a-t-il dit.

Quand Nairo Quintana raconte son Tour de France, son aventure paraît toute simple.

"Quand mon directeur sportif m'a demandé, il y a quelques jours, de jouer le général, d'être le leader de Movistar, j'ai dit OK mais pardonnez-moi si mes jambes ne répondent pas", dit-il.

"Mon résultat me donne confiance et ambition. Dans deux ans, je pense, je peux viser le maillot jaune. Je veux m'engager dans ce combat."

Edité par Jean-Paul Couret

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