Tour de France: "c'est Rollerball", déplore Marc Madiot

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par Gilles Le Roc'h

TOMBLAINE, Meurthe-et-Moselle (Reuters) - Au départ de la septième étape du Tour de France, samedi, il était beaucoup moins question de l'arrivée du jour, la première en altitude, que de la terrible chute survenue vendredi et de la tournure que prend le cyclisme.

Dans presque toutes les équipes, il était question de fractures, d'autres blessures, de douleurs. Douze coureurs ont abandonné après la sixième étape qui a connu une des chutes les plus graves des dernières années dans le Tour.

Marc Madiot est sans doute l'un des moins mal lotis puisqu'aucun de ses coureurs n'a été grièvement touché. Mais ce spectaculaire accident l'amène à se poser la question de l'avenir du cyclisme, de son évolution dans son expression moderne.

"Pour nous, ç'aurait pu être bien pire, nous pourrions avoir des coureurs à l'hôpital", a dit à Reuters le patron de la FDJ, tard vendredi soir.

"Mais il faut se poser la question: 'Que voulons-nous faire de notre cyclisme ?' Depuis Liège, ce n'est pas du cyclisme, c'est Rollerball !", ajoute-il, évoquant ce film de science-fiction dont le scénario tourne autour d'un sport ultra-violent.

"Est-ce que ce soir il serait judicieux que certains d'entre nous se disent que dans cette étape ils ont fait une bonne opération ? Est-ce qu'il n'y a que ça qui compte ? A part les chutes, quelle course on a ?"

"TOUS FAUTIFS"

L'origine des chutes est à chercher dans le matériel en carbone, trop rigide, qui ne favorise pas les réflexes des coureurs.

Elle est aussi à trouver dans l'importance du Tour de France qui incite les équipes à repousser les limites en terme de sécurité.

Vendredi à l'arrivée, Thomas Voeckler a ainsi relancé le débat sur les oreillettes qui permettent aux directeurs sportifs d'exercer une pression permanente sur leurs hommes.

"Je suis complètement d'accord avec Thomas Voeckler qui accuse l'oreillette d'être à l'origine de ce qui aurait pu être un carnage", souligne Marc Madiot.

"Je me demande quand nous allons réagir. Faut-il qu'il y ait un mort ? Dans cette histoire, nous sommes tous fautifs. Tous."

"Par exemple, moi, comme tous les managers d'équipe, je suis à l'avant de la course et je fais du radio-guidage. Et je le fais parce que je ne peux pas être le seul à ne pas le faire. A partir de là, il y a 200 coureurs et 22 directeurs sportifs qui ne cessent de les informer et qui leur demandent de faire la même chose en même temps. Evidemment ce n'est pas possible."

Ce constat dressé, il observe que cette situation constitue une anomalie si on la compare avec les mesures prises en matière de sécurité publique, routière notamment.

"En attendant, on interdit aux automobilistes de téléphoner en conduisant pour que cela ne nuise pas à leur concentration mais on laisse des coureurs être sans cesse perturbés et ne pouvoir se concentrer", conclut-il.

Edité par Grégory Blachier

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