Tour de France: Bradley Wiggins entrevoit le sacre

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BRADLEY WIGGINS ENTREVOIT LE SACRE
BRADLEY WIGGINS ENTREVOIT LE SACRE

par Gilles Le Roc'h

PEYRAGUDES, Hautes-Pyrénées (Reuters) - Si l'Espagnol Alejandro Valverde a signé un retour victorieux dans le Tour de France en s'imposant en solitaire dans la 17e étape, Bradley Wiggins a sans doute fait le plus dur sur la route de la première victoire britannique dans l'épreuve.

Cette dernière étape de montagne entre Bagnères-de-Luchon et Peyragudes a été celle de toutes les confirmations dans un Tour de France qui semble désormais promis à Bradley Wiggins, maillot jaune depuis près de deux semaines et pour qui le dernier test, samedi, contre la montre, sur les routes planes de la Beauce, devrait être une formalité.

Respectant une hiérarchie des intérêts bien précise, cette étape a d'abord permis à Thomas Voeckler, le héros de la veille, de confirmer le maillot à pois du meilleur grimpeur puisqu'il a devancé son dernier rival, le Suédois Fredrik Kessiakoff dans toutes les ascensions.

"Je suis parti avec une calculette dans la tête et une tactique bien précise", a expliqué le Français.

"Mercredi, à aucun moment je ne me suis dit que c'était gagné, conscient du travail qu'il restait à faire. Ce n'était pas très beau, pas très sport, je suis resté dans la roue de Kessiakoff mais je n'avais pas le choix. Et cette stratégie est payante."

Cette étape a également libéré Alejandro Valverde, qui a profité du travail de ses équipiers Rui Costa et Ruben Plaza avant de mener un raid dans le Port de Balès et de résister au retour de l'infernal Christopher Froome et du tenace Bradley Wiggins dans l'ascension finale.

"Je voulais gagner une étape puisque les chutes ont rendu le classement général impossible", a dit l'Espagnol, de retour après une suspension de deux ans pour dopage.

"Après l'arrivée, je n'ai pu retenir mes larmes parce que c'est une grande émotion. En début de Tour, je suis tombé trois fois en deux jours, j'avais très mal dans tout le corps. Je reviens d'une période difficile. Cette victoire efface tout le passé."

"LUI EST RESTÉ DANS L'OMBRE..."

Juste derrière lui, à 18 secondes, le duo Froome-Wiggins a terminé roue dans roue au terme d'une dernière montée dans laquelle Froome a joué un jeu quelque peu offensant pour le maillot jaune.

Celui qui a dit faire un "sacrifice" en travaillant pour son compatriote dans la montagne, sait bien que Wiggins est un métronome, un rouleur ayant développé une technique simple pour franchir les cols : rouler à très haute vitesse sans changement de rythme.

A trois reprises, Froome a accéléré pour mettre son leader en difficulté, puis pour se retourner et l'encourager.

Lui fallait-il à ce point montrer qu'il était plus fort que lui dans les ascensions, quitte à donner l'impression de l'humilier ?

Certes, Froome, en accélérant dans le final, avait sans doute en tête de creuser l'écart sur Vincenzo Nibali et de conforter sa deuxième place au général.

Il a également accentué la souffrance de Cadel Evans, le vainqueur du Tour 2011, à nouveau distancé, à 8,5 kilomètres de la ligne qu'il a franchie avec plus de deux minutes de retard en compagnie de Janez Brajkovic, l'autre victime du Top 10.

L'attitude de Froome n'a rien retiré rien au sourire de Wiggins sur la ligne d'arrivée, tellement heureux de se dire qu'il devrait bien être le premier Britannique vainqueur du Tour.

Cette étape l'a sans doute conforté dans son désir, exprimé en fin de saison dernière, de voir Froome rester à ses côtés malgré de très nombreuses sollicitations.

Durant tout le Tour d'Espagne 2011, Wiggins avait déjà pu mesurer toutes les qualités de son compatriote et avait compris qu'il serait moins dangereux avec lui que face à lui.

Froome aurait pu gagner le Tour s'il avait porté un maillot différent mais Wiggins a souligné justement la différence entre le statut de leader et celui d'équipier, répondant par les mots à ce que son coéquipier lui avait fait subir sur la route.

"Bien sûr que Chris pourrait gagner le Tour mais il ne s'agit pas seulement d'une course de trois semaines", a-t-il dit.

"C'est toute une année de stress et de pression. Lui est resté dans l'ombre, c'est très différent."

Dans le sillage de cette course fratricide, il y a eu la révélation que le cyclisme français détient deux grands espoirs.

Pierre Rolland, cinquième de l'étape, remonte à la huitième place du classement général.

Thibaut Pinot, benjamin du peloton, a fini quatrième de l'étape et confirmé son exceptionnel talent de grimpeur. Dès son premier Tour, le protégé de Marc Madiot a pris date pour l'avenir.

Edité par Grégory Blachier

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