Tour de France: au Kenya, David Kinjah parle de Chris Froome

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DAVID KINJAH RACONTE L'ENFANCE DE CHRIS FROOME AU KENYA
DAVID KINJAH RACONTE L'ENFANCE DE CHRIS FROOME AU KENYA

par Drazen Jorgic

KIKUYU, Kenya (Reuters) - Au Kenya, à des milliers de kilomètres du maillot jaune du Tour de France, il existe un homme qui souhaite plus que quiconque que Christopher Froome remporte la Grande Boucle cette année.

Il s'appelle David Kinjah et c'est lui qui a mis en selle un jour "Froomey", l'actuel leader du Tour après un peu plus d'une semaine de course.

"Chris est notre grand espoir désormais", dit-il avant d'expliquer que pour lui, une victoire de Froome dans la reine des courses à étapes aiderait à rendre le cyclisme plus populaire au Kenya.

Dans ce pays de l'Afrique de l'Est, le sport roi est la course à pied. Après viennent d'autres sports, qui comme la course, ne nécessitent pas d'être riche pour les pratiquer.

"Si vous jouez au football, c'est facile, il faut un ballon pour 20 personnes", fait remarquer David Kinjah, qui dirige une modeste équipe d'apprentis coureurs cyclistes.

"Chez nous, il y a peu de moyens et c'est compliqué de trouver des vélos", poursuit cet éducateur âgé de 41 ans.

Christopher Froome a connu cette frustration pendant son enfance. Le jour où il eut besoin d'un nouveau vélo de course, sa mère, qui travaillait comme employée de maison à Nairobi, n'avait pas les moyens de le lui offrir.

Du coup, le jeune Froomey dut en emprunter un à l'un de ses enseignants. "Son instituteur lui a dit 'C'est bon, tu peux le prendre', mais il s'agissait d'un vélo beaucoup trop grand pour lui, avec un grand cadre. Chris ne pouvait même pas poser vraiment les pieds sur les pédales ou prendre en main correctement le guidon", se souvient Kinjah.

"IL ÉTAIT TRÈS MINCE"

Pour celui qui appris à faire du vélo autour du bidonville de Kikuyu, au nord de Nairobi, cet apprentissage dans des conditions difficiles, aux côtés de son "mentor", a été dans un sens celui de la vie.

"Il m'a aidé à réaliser qu'on pouvait se débrouiller sans le meilleur vélo du monde ou des conditions parfaites. Il suffit juste de monter sur le vélo et de pédaler, peu importe l'endroit", racontait-il en janvier, dans une interview parue dans le quotidien britannique The Guardian.

David Kinjah, qui reste à ce jour le meilleur cycliste de son pays, décrit Christopher Froome à l'époque comme un enfant timide mais déterminé et surtout chéri par l'amour de sa mère, qui cherchait un moyen de canaliser son énergie.

"Il était très mince, rien de particulier. Mais il n'était pas le genre de personne à qui on pouvait dire 'Allez c'est bon, ça suffit'. Il voulait toujours aller plus loin, découvrir son propre monde."

Quelques années plus tard, Froome a déménagé en Afrique du Sud mais il a toujours souhaité garder un lien avec le club de ses débuts. Lors des vacances scolaires, il n'était pas rare qu'il revienne s'entraîner avec l'équipe de Kinjah.

Au club de Safari Simbaz, Christopher Froome est une idole. Samedi, les jeunes apprentis l'ont tous regardé, certains avec leur casque sur la tête, frapper fort dans la huitième étape du Tour en s'emparant du maillot jaune à Ax-Trois Domaines, dans les Pyrénées.

"Ça me motive énormément. Je veux faire le Tour un jour", confie d'ailleurs l'un d'entre eux, Vincent Chege, 18 ans.

Olivier Guillemain pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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