Total - Le nouveau patron devra réorienter le pôle exploration

le
0

* Près de 60% des puits forés en 2013 sont à sec * L'exécution du plan de Christophe de Margerie pourrait être ardue * Défi en France en 2015 avec la réduction des capacités en France * Patrick Pouyanne cité comme possible successeur par Michel Rose PARIS, 21 octobre (Reuters) - Le décès accidentel du PDG de Total TOTF.PA pourrait compliquer la révision très attendue de la stratégie du groupe dans l'exploration, au moment même où la baisse des cours du pétrole va nécessiter des réductions de coûts pour satisfaire les actionnaires. Le groupe pétrolier français a rompu avec ses habitudes en se tournant récemment vers l'extérieur pour choisir un responsable de la stratégie après trois années de hausse de ses investissements dans le forage sans résultat notable pour l'instant - le principal accroc au bilan de Christophe de Margerie. ID:nL6N0SG01D Total a également commencé à réduire ses dépenses d'équipements après des années d'investissements record, sous la pression d'actionnaires réclamant une rétribution plus élevée. Avec le baril de Brent revenu aux environs de 85 dollars, mener ce plan à bien paraît encore plus crucial. "On a le sentiment qu'un groupe comme Total a mis en place une organisation lui permettant de répondre à une situation d'urgence. Et c'est une situation d'urgence", explique Renaud Murail, gestionnaire de fonds chez Barclays Bourse. Sur le front de l'exploration, Total a augmenté son budget de 12% entre 2012 et 2014 dans le cadre d'une stratégie "risque élevé, rétribution élevée", mais 40% des puits forés en 2012 étaient à sec, une proportion passée à près de 60% en 2013, selon des données du groupe. Une révision stratégique en profondeur, a-t-on dit de sources sectorielles, et les analystes espèrent que l'arrivée de Kevin McLachlan, recruté chez l'américain Murphy Oil pour diriger son pôle exploration, favorisera un esprit plus entrepreneurial. ID:nL6N0RN192 Les grandes compagnies pétrolières comme Total peinent à imiter le succès de Murphy Oil ou de Tullow, une autre compagnie d'exploration indépendante, en raison de leur système complexe de prises de décisions et de leur culture plus rétive au risque. RÉDUCTIONS DE COÛTS ET CESSIONS D'ACTIFS Christophe de Margerie a cependant réussi à mener un programme de réductions des investissements plus tôt que beaucoup de ses rivaux, réalisant pour 30 milliards de dollars de cessions d'actifs depuis 2010, l'un des programmes les plus ambitieux depuis celui de 50 milliards de dollars mené par BP. Ce programme et de nouvelles mesures d'économies ont soutenu le titre Total en Bourse, lui permettant rattraper ses pairs européens. L'action avait accusé une décote pendant plusieurs années, pâtissant de la réputation tenace du groupe de fixer des objectifs de production pétrolière trop ambitieux sans parvenir à les atteindre. Total est évalué à 9,5 fois ses bénéfices attendus sur 12 mois, en ligne avec BP BP.L (9,4 fois) et Shell RDSa.L (9,6 fois), mais en deçà des américains Chevron CVX.N (11,1 fois) et ExxonMobil XOM.N (12,7 fois). "En termes de réduction d'équipements, avec le récent programme de réduction de coûts, ils sont toujours les premiers à bouger et c'est quelque chose que les investisseurs apprécient", explique Ahmed Ben Salem, analyste chez Oddo Securities. Le programme de cessions d'actifs ne risque pas de subir de retards notables, estiment les analystes. "On parle d'une entreprise très bien gérée, très méthodique, c'est une machine efficace. Cela leur a pris un moment pour se décider sur les cessions d'actifs et maintenant que la liste est claire, ils l'exécuteront très bien", a déclaré un banquier parisien ayant une bonne connaissance de Total. RAFFINERIES FRANÇAISES En France, le successeur de Christophe de Margerie devra gérer une situation politiquement sensible : la promesse faite par le groupe en 2010 d'éviter de fermer des raffineries dans le pays pendant cinq ans, soit jusqu'en 2015. Patrick Pouyanne, le patron du raffinage, a déclaré aux syndicats cette année que le groupe dévoilerait au printemps sa stratégie pour la branche déficitaire de raffinage en France. Il a ajouté que le groupe ne fermerait pas de sites complètement mais chercherait à réduire leurs capacités. Le groupe cherchera à éviter de reproduire l'épisode de la fermeture de la raffinerie de Dunkerque, qui a entraîné des semaines de grèves et perturbé les approvisionnements en pétrole. Le rôle clé qu'a joué Patrick Pouyanne pendant cette période semble le mettre en pole position pour la tête du groupe, estiment certains observateurs. "(Il) a déjà connu de beaux succès dans l'amélioration de la performance financière de sa division et il a également une solide expérience dans l'exploration et la production, deux qualifications très nettes pour le poste", estime Iain Reid, analyste chez BMO. Philippe Boisseau, qui dirige le pôle d'énergies nouvelles du groupe et, Arnaud Breuillac, issu de la division exploration et production, sont également considérés comme de possibles successeurs. Christophe de Margerie avait dit préférer une succession en interne afin d'assurer une transition en douceur. Mais si le groupe ne manque pas de cadres compétents, elle aura du mal à remplacer son défunt patron à la personnalité hors normes et au carnet d'adresses bien fourni. (Avec Cyril Altmeyer et Alexandre Boksembaum-Granier)


Valeurs associées
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant