Total investit au Kurdistan, menaces du gouvernement irakien

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L'IRAK MENACE DE PLACER TOTAL SUR LISTE NOIRE
L'IRAK MENACE DE PLACER TOTAL SUR LISTE NOIRE

par Benjamin Mallet et Marion Douet

PARIS/BAGDAD (Reuters) - Total est menacé d'être placé sur liste noire par l'Irak après avoir annoncé mardi une prise de participation dans deux blocs d'exploration au Kurdistan, en conflit avec le gouvernement central de Bagdad sur les questions pétrolières.

Le groupe français a annoncé mardi avoir signé avec l'américain Marathon Oil un accord qui porte sur une prise de participation de 35% dans les blocs de Harir et Safen et pour lequel il va subir de "graves conséquences" s'il ne revoit pas sa position, a déclaré un responsable du gouvernement irakien.

"Nous punirons les sociétés qui signent des accords sans l'approbation du gouvernement central et du ministère du Pétrole", a dit le porte-parole du vice-Premier ministre pour l'Energie Hussain al-Shahristani.

"Si Total ne revoit pas cet accord, il va faire face à de graves conséquences... Total sera mis sur liste noire pour avoir violé la loi irakienne", a-t-il ajouté.

Le groupe exploite déjà avec des partenaires le site d'Halfaya dans le sud-est de l'Irak depuis fin juin.

Un porte-parole du groupe pétrolier français n'a pas souhaité ajouter de commentaires après la réaction du gouvernement irakien.

"Les autorités de Bagdad ont été informées des intentions de Total", avait précisé ce porte-parole plus tôt dans la journée.

Le pétrolier français avait dit en février qu'il envisageait des investissements dans la région semi-autonome du Kurdistan irakien, jugeant que les conditions d'exploitation proposées y étaient meilleures que dans le reste du pays.

"Total confirme son engagement de contribuer au développement du secteur pétrolier irakien et à investir dans de nouveaux projets", a écrit le groupe dans un communiqué publié en début d'après-midi.

BLOCS COLOSSAUX

Les blocs Harir et Safen ont respectivement une surface de 705 km2 et 424 km2. Total précise qu'il deviendra l'opérateur du bloc Safen pour le développement.

Un analyste du secteur a estimé que la rentabilité de ces deux blocs serait plus élevée que dans le sud de l'Irak mais qu'à terme le transport de la production pourrait représenter un risque.

"Ce sont des blocs colossaux", a dit cet analyste qui n'a pas souhaité être nommé, soulignant qu'au Kurdistan les explorations étaient rarement décevantes.

"Le seul problème, c'est le transport. On ne peut pas passer par les pipelines du gouvernement fédéral. La seule solution serait de construire un pipeline vers la Turquie."

Exxon Mobil a été le premier grand pétrolier à signer un accord avec le Kurdistan fin 2011, accord que Bagdad a jugé illégal et pour lequel le gouvernement a riposté en excluant Exxon, en mai, d'un appel d'offres pour des blocs d'exploration.

Bagdad est même allé plus loin avec Chevron, le 24 juillet, en privant le pétrolier américain de tout accord en dehors du Kurdistan après l'annonce par celui-ci du rachat de deux blocs dans la région.

Le ministère français de l'Energie n'était pas disponible dans l'immédiat pour des commentaires.

Un porte-parole du gouvernement régional du Kurdistan n'a pas donné suite à une demande de précisions.

Avec Caroline Jacobs et Michel Rose à Paris, Ahmed Rasheed et Patrick Markey à Bagdad, édité par Dominique Rodriguez et Benoît Van Overstraeten

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