Top 14: en 2013, jouer n'est pas gagné

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LA VICTOIRE SURPRISE DE CASTRES SUR L'ARMADA DES INTERNATIONAUX
LA VICTOIRE SURPRISE DE CASTRES SUR L'ARMADA DES INTERNATIONAUX

par Jean-Paul Couret

PARIS (Reuters) - La finale du Top 14 a surtout valu samedi par la surprise de la victoire 19-14 de Castres sur l'armada internationale de Toulon et par l'engagement physique et parfois borné des deux équipes.

Elle a aussi eu des enseignements pour l'avenir du rugby en France en montrant que 2013 n'était pas une année pour "jouer", que la démesure avait ses limites et que le rugby de sous-préfectures existait toujours.

Avec des nuances, certes, car Castres bénéficie d'une solide implantation dans le département du Tarn et en Midi-Pyrénées et est adossé au puissant et apaisant soutien des laboratoires pharmaceutiques Fabre.

Il n'en reste pas moins que le Castres Olympique n'affiche que le huitième budget du Top 14 avec 15,6 millions d'euros contre 34,97 au Stade Toulousain, 25,5 à Clermont, 22,8 au Stade Français et 21,84 à Toulon.

Dans un sport où les clubs dominants semblent être issus de grandes agglomérations comme ceux aux quatre plus gros budgets, Castres, sous-préfecture du Tarn, affiche aussi une population de 40.000 habitants.

Comment les Castrais ont-ils donc réussi à former une équipe capable de conquérir un quatrième Bouclier de Brennus vingt ans après leur dernier titre ?

Comment ont-ils réussi à se glisser dans un palmarès dont les grands noms depuis l'avènement du professionnalisme en 1995 sont d'abord Toulouse et le Stade Français puis Biarritz, Clermont et Perpignan ?

"Ce titre est l'aboutissement de quatre ans de travail", ont répondu les entraîneurs Laurent Labit et Laurent Travers -- et aussi de quatre ans de construction patiente de leur effectif.

Le groupe compte certes des internationaux mais de rang modeste ou en devenir comme l'ouvreur français Rémi Tales, auteur de deux drops "sur la tête" de Jonny Wilkinson et Rory Kockott, le n°9, marqueur de l'essai de la victoire mais qui ne connaît le maillot des Springboks qu'en rêve.

Le paradoxe est que les deux Laurent, complices depuis huit ans, à Montauban, ville de taille semblable, avant Castres, vont quitter le club après les festivités de fin de saison pour un de ces "grands" clubs qu'ils ont vaincus cette saison, le Racing-Métro.

Quant au système de jeu qu'ils ont mis en place, il repose sur la solidarité et la complicité, la maîtrise des fondamentaux, touche et mêlée, la défense et la puissance physique et surtout pas sur les risques que fait courir le panache. Comme Toulon pourrait-on dire.

LE DOUBLE RESTE "IMPOSSIBLE"

Car cette saison, les équipes qui ont essayé de jouer, le Stade Toulousain et Clermont, ont perdu.

Pour Toulouse ce fut en demi-finale du Top 14 face à Toulon, pour Clermont en finale de la Coupe d'Europe contre Toulon et en demi-finale du Top 14 face à Castres.

Dans les deux cas, le jeu ambitieux s'est fracassé sur des murs défensifs et toute l'équipe a explosé.

Qu'en sera-t-il la saison prochaine ? Clermont est en délicatesse avec son entraîneur-gourou Vern Cotter. Si l'en croit son manager Guy Novès, Toulouse va changer de stratégie.

"On ne peut plus lutter avec 10 ou 12 internationaux français en passant la moitié de la saison en leur absence (ndlr: à cause des matchs internationaux)", dit-il. "C'est pourquoi j'ai refusé les internationaux français qui voulaient venir à Toulouse."

Mourad Boudjellal et Bernard Laporte avaient fait ce calcul il y a deux ans et ils ont formé une constellation de stars étrangères ou les internationaux français sont rares.

Ils y ont gagné un titre de champion d'Europe, le premier dans l'histoire du club, mais ont échoué pour la deuxième année consécutive en finale du Top 14.

Leur échec avait été annoncé par plusieurs techniciens dont Guy Novès et Vern Cotter, pour qui le doublé Top 14-Coupe d'Europe est "impossible" à cause des lourds calendriers.

Il n'est d'ailleurs pas innocent que Toulouse, seul club français à l'avoir réussi, l'ait fait en 1996 quand le professionnalisme n'en était qu'à ses balbutiements et les clubs anglais avaient boudé la première coupe d'Europe.

De là à accuser Toulon d'avoir cédé à l'hubris des parvenus, il n'y a qu'un pas que d'aucuns franchiront avec plaisir.

Il reste que Toulon n'a plus que deux options.

Boudjellal et Laporte peuvent poursuivre la course à l'armement, continuer à attirer encore plus de grands noms et à transformer le stade Mayol en arène où on donne du "pain et des jeux".

Ils peuvent aussi admettre que former une légion de vedettes en fin de carrière internationale place aussi sous la menace d'une baisse de forme de ces joueurs blanchis par les ans et les grands matches et peut exposer à de cruelles désillusions.

Edité par Julien Prétot

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