Top 14: Antoine Guillamon, un beau bébé

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par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - Sorti de son cocon lyonnais et lancé dans le grand bain du Stade toulousain et du XV de France, le pilier Antoine Guillamon aborde sa nouvelle vie avec l'insouciance du joueur né sous une bonne étoile et la maturité du futur jeune papa.

Le colosse de 21 ans forme déjà l'avenir de l'équipe de France au poste de pilier droit, sinistré depuis des années. Il a participé en juin à la tournée des Bleus en Argentine avant de rejoindre Toulouse pour préparer la saison de Top 14.

Visage poupin et gabarit hors norme (1,92 m pour 134 kg), Antoine Guillamon a connu samedi dernier contre Mont-de-Marsan (37-22) sa première titularisation en championnat avec le club Rouge et Noir, sous le maillot qui le faisait rêver étant petit.

"C'est surtout le premier match amical (avec Toulouse) qui m'a fait quelque chose, parce que ça faisait six ans que je jouais à Lyon", a-t-il expliqué en conférence de presse.

"Changer de maillot c'est quand même quelque chose de particulier dans la vie d'un rugbyman. Surtout quand tu sors et que tu as Thierry Dusautoir juste devant toi, tu te dis: 'C'est énorme !' Tu es comme un gamin. Je jubilais !"

Le joueur formé au LOU a commencé le rugby à l'âge de 12 ans, après avoir découvert le ballon ovale à la télévision et s'être enthousiasmé pour les coups d'éclat de son joueur préféré, Frédéric Michalak.

"Le premier match de rugby que j'ai regardé, c'était Toulouse et c'est cette équipe qui m'a donné envie de jouer. Je crois que c'était un Toulouse-Biarritz. J'avais 10 ans", raconte-t-il alors que, hasard du calendrier, se profile un déplacement samedi à Biarritz pour les Toulousains.

"BIARRITZ, UN TEST POUR MOI"

Malgré deux victoires pour leurs deux premières sorties, les hommes de Guy Novès se sont montrés brouillons contre Castres puis Mont-de-Marsan. Comme le concède volontiers Antoine Guillamon, ils devront rendre une copie bien plus propre face aux Biarrots, avec qui ils partagent la tête du Top 14.

Après le frisson d'une première en Rouge et Noir, le jeune pilier a d'ailleurs connu la douche froide d'une séance vidéo musclée au lendemain de la performance en demi-teinte des Toulousains contre les promus montois.

"En sortant du match on savait qu'on allait être attendus au coin du bois", résume dans un sourire le surnommé "la Guille".

"À titre personnel, je ne suis pas content de ma prestation, je me dis qu'il y a encore beaucoup de choses travailler, qu'il y a encore des réglages à faire (...) Biarritz va être un test pour moi, sur un plan personnel je veux dire."

L'ex-Lonnais n'a disputé la saison dernière qu'une dizaine de rencontres de Top 14, mais ses prestations ont été jugées suffisamment convaincantes pour que le Stade toulousain engage un bras de fer avec le LOU, relégué en Pro D2 mais qui rechignait à se séparer de sa pépite.

Antoine Guillamon a finalement rejoint pour trois ans les bords de la Garonne, où il espère s'aguerrir au contact des champions de France, notamment de son homologue Census Johnston.

"Census, je me réfère beaucoup à lui parce qu'il joue à mon poste", explique le jeune pilier.

"Je demande pas mal, je le prends beaucoup comme exemple parce que je sais qu'il est très performant à son poste, surtout en mêlée. Si je veux tendre vers l'excellence je suis obligé de prendre mes marques et de marcher dans ses pas."

BÉBÉ À VENIR

Pour Jean-Baptiste Elissalde, entraîneur des Rouge et Noir, Antoine Guillamon est un joyau qu'il faut polir.

"Il peut nous apporter de la fraîcheur, un peu de jeunesse, beaucoup même, mais c'est surtout à nous de lui apporter, souligne l'ancien demi de mêlée. Il est là pour continuer sa formation et il a un potentiel incroyable à ce poste-là."

À un poste de pilier droit où seul Nicolas Mas surnageait ces dernières années, l'émergence de Guillamon est riche de promesses pour le XV de France. C'est dans cette optique que le sélectionneur Philippe Saint-André l'a convoqué pour la tournée d'été en Argentine, à la condition qu'il perde du poids.

Symbole de son appétit et de sa détermination, le jeune homme s'est exécuté, passant en trois mois de 154 kg à 134 kg.

"Ça n'avait rien à voir avec Toulouse, c'était avec Philippe Saint-André. Il m'a dit: 'Si tu n'es pas en-dessous de 140 kg, tu ne viens pas. Tu ne feras même pas les tests, ce ne sera même pas la peine de te présenter à Marcoussis'", explique-t-il.

"C'était difficile au début ! Le soir je ne mangeais pas. (...) J'ai tout fait pour y arriver", confie le jeune homme dont la maturité s'explique aussi par la naissance à venir d'un petit garçon au mois de décembre.

"J'ai su que j'allais être papa quand je suis venu à Toulouse pour visiter", sourit Antoine Guillamon.

"Dans la voiture de Jean-Michel Rancoule (chargé du recrutement), je reçois un texto de ma copine avec un test de grossesse positif: 'Tu vas être papa'. Je me suis dit: 'C'est un signe !'" Et Toulouse a pu accueillir son beau bébé.

Edité par Grégory Blachier

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