Top 14: A Toulouse, William Servat vit le rugby de l'autre côté

le
0

par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - William Servat a tout connu sur les terrains de rugby, une flopée de titres avec Toulouse, une finale de Coupe du monde avec le XV de France, mais c'est dans la peau d'un novice qu'il a entamé en août sa première saison de Top 14 comme entraîneur.

Passé sans transition du terrain au banc de touche, l'ancien international encadre depuis deux mois les avants de son club de toujours, le Stade Toulousain, en remplacement de Yannick Bru, autre ex-talonneur maison parti rejoindre le staff de l'équipe de France.

William Servat dit se faire peu à peu à ses nouvelles fonctions même s'il confesse un petit pincement à l'heure de voir pénétrer sur le terrain ses anciens coéquipiers, avec qui il a soulevé en juin le dernier de ses quatre Boucliers de Brennus.

"Les premiers temps, ce n'est pas évident. Quand ils sortent sur le terrain, on a l'impression de les laisser aller au combat et de ne pas y aller avec eux", raconte-t-il, disant toutefois ne pas ressentir de frustration.

"Donner de la liberté, donner du pouvoir aux joueurs, est-ce que c'est un sentiment d'impuissance ? Je ne crois pas."

"ON N'EST PLUS ACTEUR"

Face à ce nouveau rôle, le tout jeune technicien (34 ans) peut compter sur les conseils du manager toulousain Guy Novès, qui entame sa vingtième saison consécutive sur le banc stadiste.

"On a la chance de vivre dans un club où beaucoup de choses se font naturellement", souligne William Servat.

"Mon adaptation et mon insertion se sont faites naturellement et aujourd'hui, ça se 'déroule'. Bien sûr, on affine après chaque entraînement: on a un petit débriefing, Guy me dirige un peu dans ce sens-là et on essaie de faire évoluer les choses du mieux possible."

A la charnière entre son ancienne vie et la nouvelle, celui qu'on surnomme "La bûche" conçoit sa fonction comme un travail de précision et de mise en confiance.

"Quand on est joueur, on rentre sur le terrain pour combattre, pour être solidaire, pour apporter sa qualité, sa dimension physique et humaine. Quand on est entraîneur on essaie d'apporter du détail, de donner de la confiance, d'apporter quelques repères de jeu dont (les joueurs) peuvent se servir sur le terrain", estime-t-il.

"C'est différent, on n'est plus acteur. On essaie de donner des angles, de donner des petits détails, mais après la vérité appartient aux joueurs. Ce sont les joueurs qui font leur match."

Louis Picamoles, qui l'a côtoyé trois ans sous le maillot toulousain, estime que son ancien partenaire n'a pas beaucoup changé en passant de l'autre côté de la barrière et que "cela se passe très bien".

FRANC-PARLER

"Il reste entier comme quand il était joueur, avec son franc-parler, avec son ressenti", explique le troisième ligne international, qui concède toutefois que les relations avec le groupe ont nécessairement évolué.

"Forcément, il y a une petite différence quand on est dans l'enceinte du stade : il y a une relation joueur-entraîneur et on ne peut pas brancher son entraîneur comme on peut brancher ses coéquipiers. Mais après il y a toujours de la complicité, et quand on n'est plus au stade, il y a toujours des liens qui n'ont pas changé même si William est devenu entraîneur."

Lors des quatre premières journées, le Stade Toulousain a livré des prestations en demi-teinte, avec deux victoires étriquées et une défaite rageante contre Biarritz, avant de se rassurer le week-end dernier par un large succès contre Agen (62-13).

"Samedi dernier, on a pris du plaisir", savoure William Servat.

"C'est plutôt agréable de voir des schémas de jeu préparés, des actions de jeu préparées qui finalement arrivent à se mettre en place", note le natif de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), qui espère qu'il en sera de même samedi à Barcelone, où Perpignan recevra Toulouse au stade olympique de Montjuïch.

Il n'est pas dit que son nouveau rôle soit plus reposant que ses anciennes charges ballon en main: William Servat déclarait au mois d'août que ses journées étaient longues et visiblement, c'est toujours le cas.

"Oh oui, ça continue...", soupire-t-il.

Edité par Olivier Guillemain

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant