Tirs sur des bérets bleus près d'un village martyr en Syrie

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Tirs sur des bérets bleus près d'un village martyr en Syrie
Tirs sur des bérets bleus près d'un village martyr en Syrie

par Louis Charbonneau et Andrew Quinn

BEYROUTH/NATIONS UNIES (Reuters) - Des observateurs des Nations unies ont essuyé des tirs d'armes légères jeudi alors qu'ils tentaient de se rendre dans le village sunnite de Mazraat al Qoubir, théâtre la veille d'un nouveau massacre, a déclaré le secrétaire général de l'Onu.

Ban Ki-moon, qui s'exprimait à New York au début d'une session spéciale de l'Assemblée générale de l'Onu consacrée à la crise syrienne, s'est dit "choqué et écoeuré" par les informations faisant état du massacre d'au moins 78 civils mercredi dans ce village de la province de Hama (centre).

Dénonçant une "barbarie indicible", il a une nouvelle fois enjoint au président syrien Bachar al Assad d'appliquer immédiatement le plan de paix en six points préparé par Kofi Annan.

Ce dernier, émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe, a reconnu devant l'Assemblée générale que son plan n'était pas appliqué et a ajouté que ceux qui refusaient de le respecter auraient des comptes à rendre.

L'ambassadeur de Syrie à l'Onu, Bachar Jaafari, a dénoncé pour sa part un "massacre horrible et injustifiable". Damas impute ces tueries à des "groupes terroristes" islamistes appuyés par l'étranger.

Selon l'opposition syrienne, qui a diffusé sur internet des images de corps ensanglantés ou calcinés, une quarantaine de femmes et d'enfants figurent parmi les victimes du massacre de Mazraat al Qoubir.

Interrogé par téléphone, un habitant du village, qui a échappé au massacre en se cachant dans un bois d'oliviers, a accusé l'armée syrienne et les miliciens "chabiha" d'être responsables de la tuerie.

"Après le départ des chars et des chabiha, j'ai couru vers ma maison - elle avait brûlé, avec les sept personnes qui étaient à l'intérieur", a-t-il dit.

Il y a deux semaines, les forces pro-gouvernementales ont été accusées d'avoir tué 108 civils, dont 49 enfants, dans la ville d'Houla, près de Homs.

Ces massacres suscitent l'indignation à travers le monde mais les efforts de la communauté internationale pour mettre fin au carnage sont freinés par la Russie et la Chine, hostiles à toute intervention.

MOSCOU PAS HOSTILE À UNE SOLUTION "À LA YEMENITE"

En début d'après-midi, le général norvégien Robert Mood, chef des observateurs de l'Onu en Syrie, avait confirmé que les "bérets bleus " n'avaient pu se rendre sur les lieux du nouveau massacre dénoncé par l'opposition.

La Misnus (Mission de supervision des Nations unies en Syrie) avait précisé que des soldats syriens, mais également des civils, bloquaient les accès au village.

D'après la chaîne de télévision pro-gouvernementale syrienne Addounia TV, toutefois, des "bérets bleus" de l'Onu ont pu se rendre à Mazraat al Qoubir.

Pour sa part, un responsable gouvernemental syrien a démenti les accusations de l'opposition, affirmant que les villageois avaient appelé l'armée à l'aide après une attaque "terroriste" qui avait fait neuf morts, des femmes et des enfants.

Sur le plan diplomatique, la France a annoncé que le groupe des "Amis de la Syrie" se réunirait le 6 juillet à Paris.

Ce groupe, qui réunit notamment la France, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite, a appelé mercredi à de nouvelles sanctions économiques contre la Syrie et demandé un embargo sur les armes.

La Russie a fait savoir qu'elle était prête à accepter une transition "à la yéménite" pour résoudre la crise en Syrie si tel est le souhait du peuple syrien.

Après un an de manifestations contre son régime, le président yéménite Ali Abdallah Saleh a accepté en février dernier de céder le pouvoir à une autorité de transition dirigée par son ancien vice-président, Abd Rabbou Mansour Hadi.

"Mettre en place un scénario à la yéménite pour résoudre le conflit en Syrie est seulement possible si les Syriens sont d'accord", a dit le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov.

C'est la dernière déclaration en date d'un responsable russe signalant une évolution de la position du Kremlin, qui depuis le début du soulèvement il y a quinze mois soutenait sans réserve le président Bachar al Assad.

Signe de la pression croissante sur la Russie, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a envoyé jeudi à Moscou un haut responsable du département d'Etat, Fred Hof, spécialiste du dossier syrien.

Guy Kerivel pour le service français

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  • fan42 le jeudi 7 juin 2012 à 09:36

    Finalement on n'est pas vraiment sorti du système de pensée colonialiste quand on y réfléchit bien ! Je veux dire nous occidentaux nous n'avons jamais torts, toutes nos guerres sont toujours justifiées par la pacification ( a grand tort ou a raison ) mais bon pour ceux qui ont un minimum de culture historique , les usa, israel, l'europe ... ne sont pas de grands exemples a suivre en matière de conciliation et d'exemplarité. Bah il y a les moutons qui suivent et ceux qui s'interrogent !!!

  • M4661438 le jeudi 7 juin 2012 à 08:50

    difficile de faire la part entre le vrai et le faux ! il semble en effet que nous soyons manipulés par nos médias et que toutes les infos qu'ils nous délivrent sont à étudier avec la plus grande circonspection !

  • fan42 le jeudi 7 juin 2012 à 08:45

    C'est lassant toute cette manipulation, cette absence ttale de critique des médias sur l'info. Pour un retour au vrai journalisme, il faut une éthique essentielle, celle de la vérification de l'info, pour ça il faut pouvoir être un journaliste libre et indépendant. Ceux là n'officient pas dans nos médias officiels aux ordres e leurs patrons grands financiers. J'aimerais vraiment que les français élèvent un peu leur niveau ... au moins sur le sens critique de l'info. C'es une prière :(