Thiriez, la fin d'une longue présidence chaotique

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En quatorze années de présidence à la LFP, Frédéric Thiriez s’est beaucoup donné pour développer le football français. Un dévouement remarquable que personne ne contestera. Mais à l’arrivée, le bilan est mauvais, noirci par les effets d’annonce et la communication défaillante de l’homme de droit.

La page Thiriez est tournée. Ce vendredi matin, à l’issue de l’Assemblée Générale de la LFP, celui qui dirigeait le foot pro français depuis 2002 a tiré sa révérence. Un départ prévu depuis quelques semaines mais pas si brutalement. Frédéric Thiriez avait annoncé qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat et qu’il quitterait donc la LFP en septembre. « Cela fera quatorze ans. C’est beaucoup. Quatorze ans, ça suffit, avait-il soufflé dans les colonnes de L’Equipe pour justifier sa décision. Ça suffit pour la Ligue, sans doute, et aussi pour moi. Je commence par moi car c’est une décision personnelle. Cela fait quatorze ans que je suis président bénévole, ce qui représente beaucoup de sacrifices sur le plan professionnel et personnel. » Finalement, comme un énième coup de théâtre, dont il est un grand amateur, l’avocat a pris tout le monde de court en mettant un terme à son activité dès ce vendredi.

Le fiasco de « FootPro 2012 »

De son passage à la Ligue de Football Professionnel, ce sont surtout les échecs qui resteront. Car en quatorze ans, le successeur de Gérard Bourgoin s’est fait beaucoup d’ennemis parmi les supporters. Pour juger son bilan, il suffit de reprendre son vaste programme « FootPro 2012 », lancé en 2007 et qui fixait de nombreux objectifs à atteindre en cinq ans. Non seulement la grande majorité n’ont pas été atteints en 2012 mais ils ne l’ont toujours pas été en 2016… La liste (non-exhaustive) est cruelle pour le désormais ex-patron de la LFP : progression de la France au classement UEFA, victoire d’un club en Ligue des Champions, deux clubs français régulièrement en quarts de la C1, équilibre budgétaire de tous les clubs de L1, deux tiers des joueurs de l’équipe de France évoluant en L1… Autant de promesses non tenues.

Les droits TV comme bouée

A son actif, on n’oubliera cependant pas de mettre la rénovation des stades et l’obtention de l’Euro 2016, deux objectifs liés, à propos desquels ses détracteurs diront qu’il n’y est en aucun cas responsable. Finalement, la grande réussite de la présidence de Frédéric Thiriez restera la renégociation des droits TV. D’un montant de 230 M€ en 2001-02, ceux-ci atteindront 800 M€ en 2019-20. « Je ne sais pas s’il y a beaucoup d’entreprises en France dont les deux tiers du chiffre d’affaires sont sécurisés sur les cinq ans à venir. Et surtout, il y a les stades : nous avons enfin un parc d’enceintes modernes », se vantait-il il y a quelques mois à ce sujet.

Une dernière année de présidence catastrophique

Mais la dernière année de mandat de l’avocat aura été catastrophique. Outre les polémiques sur le cas Luzenac, sur ses rapports avec le football corse ou ses excuses maladroites envers Nasser Al-Khelaïfi, on retiendra surtout cette guerre avec la FFF. Le conflit entre les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 sur la réforme des montées et des descentes aura sans doute eu la peau du président de la LFP, qui a enchaîné les défaites sur le terrain judiciaire, face à la FFF ou face à l’UCPF. A force d’être grand et d’être l’ami des puissants (Al-Khelaïfi, Aulas et Caiazzo en première ligne), Frédéric Thiriez s’est sans doute cru intouchable. Mais la fronde des présidents de Ligue 2 fut rude et tenace. « 100% des journalistes considèrent que Thiriez n'y connaît rien en football », avait lâché joyeusement Noël Le Graët en décembre dernier. Son grand rival n’est plus là. Deux jours après la décision du président de la FFF d’écarter Karim Benzema de l’équipe de France. Comme le symbole d’un homme qui prend la lumière et d’un autre qui la quitte par la petite porte.
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