Theresa May entretient à dessein le flou sur le Brexit

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    par Elizabeth Piper 
    LONDRES, 15 septembre (Reuters) - Face à l'impatience 
croissante des Européens, Theresa May ne lâche pas grand chose 
sur la mise en oeuvre du Brexit mais sa stratégie se fait plus 
claire: garder ses cartes en main avant le début des 
négociations formelles et éviter que des divergences internes ne 
fragilisent la position de Londres. 
    La nouvelle Première ministre britannique, qui avait demandé 
à ses ministres de mettre à profit la période estivale pour 
travailler à des propositions sur l'avenir des relations avec 
Bruxelles, a réuni son gouvernement en séminaire fin août à sa 
résidence officielle de Chequers, ouvrant exceptionnellement la 
réunion aux caméras de la télévision. 
    Celle qui a succédé à David Cameron après le référendum du 
23 juin, par lequel une majorité de Britanniques ont choisi de 
quitter l'Union européenne 43 ans après l'avoir rejointe, a 
promis de négocier un "accord unique" qui permettra aux 
Britanniques de contrôler l'immigration tout en obtenant les 
meilleures conditions possibles sur le commerce des biens et des 
services. 
    "Nous devons continuer d'être clairs: Brexit signifie 
Brexit, et nous allons le réussir", a-t-elle dit à ses 
ministres, rejetant l'hypothèse d'un second référendum. 
    "Brexit is Brexit", "Brexit means Brexit": pour ses 
détracteurs, l'expression employée à de multiples reprises par 
May relève du slogan prêtant le flanc à une trop large 
interprétation. "Theresa May dit 'Brexit is Brexit' mais il n'y 
a rien derrière", s'agace un haut diplomate français. 
  
    La Première ministre ne participera pas ce vendredi au 
sommet européen de Bratislava, où les Vingt-Sept ne pourront 
éluder la question du Brexit sans pour autant être en mesure de 
prendre l'initiative. Car en la matière, c'est à Londres de 
déclencher la procédure de divorce. 
    L'entourage de Theresa May laisse entendre qu'elle 
n'invoquera pas l'article 50 du traité européen de Lisbonne 
avant le début de l'année prochaine. Dans l'intervalle, les 
partenaires européens de Londres n'ont d'autre choix que 
d'attendre. 
    "C'est ainsi que je procède", a confié la Première ministre 
aux journalistes l'accompagnant dans l'avion la menant au début 
du début du mois au sommet du G20 en Chine. "Je ne débarque pas 
en disant 'Je vais prendre une décision', mais j'étudie les 
faits, je les soupèse, je prends conseil, tiens compte de cela 
et aboutis à une décision." 
     
    MAY AUX COMMANDES 
    Une équipe de hauts fonctionnaires britanniques planche sur 
les moyens de contrôler l'immigration, de remplacer les 
financements communautaires perdus ou de transposer en droit 
britannique les lois et directives européennes. 
    Deux sources proches de ces préparatifs admettent en savoir 
peu sur les domaines où des compromis seraient possibles ou sur 
les détails des politiques qui seront suivies. L'objectif, 
ajoutent-elles, est de soumettre une série d'options à la 
décision de May. 
    Pas question, précisent conseillers et ministres 
britanniques, de se livrer à des "commentaires permanents" sur 
l'état des discussions engagées avec les partenaires européens 
tant que la procédure de divorce n'aura pas été formellement 
enclenchée. "Il s'agit d'une négociation. Il n'est pas toujours 
bon de commencer par mettre toutes les cartes sur la table", 
souligne sa porte-parole. 
    Aussi, lorsque son ministre David Davis, chargé du Brexit, 
estime que l'appartenance du Royaume-Uni au marché commun 
européen est "très improbable", Theresa May le recadre-t-elle en 
disant qu'il a émis une opinion personnelle. 
    De même, quand un autre de ses ministres, Liam Fox, chargé 
du Commerce, laisse entendre que la Grande-Bretagne devrait 
quitter l'union douanière européenne, les services du 10 Downing 
Street font savoir qu'aucune décision n'a encore été prise. 
    Theresa May sait pertinemment que David Davis, Liam Fox et 
Boris Johnson, son ministre des Affaires étrangères, tous trois 
fervents partisans du Brexit, nourrissent aussi des ambitions 
personnelles. 
    La mise en scène du séminaire du 31 août au manoir de 
Chequers, où la télévision l'a filmée en train de donner des 
directives à ses principaux ministres, ne doit rien au hasard, 
relève un membre de la chambre des Lords qui y voit 
l'orchestration de sa mainmise sur les commandes.  
    "Et c'est une scène que l'on va revoir et revoir encore", 
prédit-il. 
 
 (Henri-Pierre André pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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