"The Interview" et la tentation d'un nouveau modèle économique

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"THE INTERVIEW" ET LA TENTATION D'UN NOUVEAU MODÈLE ÉCONOMIQUE
"THE INTERVIEW" ET LA TENTATION D'UN NOUVEAU MODÈLE ÉCONOMIQUE

par Eric Kelsey et Lisa Richwine

LOS ANGELES (Reuters) - En quatre jours, "L'interview qui tue!" (The Interview) a récolté 15 millions de dollars de recettes par le biais de sa diffusion sur internet, de quoi inspirer d'autres sorties de films directement en ligne.

Pas forcément, rétorquent des experts.

L'essai de Sony, ultime tentative d'assurer la rentabilité d'une comédie controversée dont l'avenir avait été compromis par une cyberattaque, a montré que la technologie en "streaming" (lecture directe en ligne) fonctionnait et qu'elle était du goût de l'audience.

En cela, le propriétaire de la Columbia pourrait indirectement inciter d'autres studios de Hollywood à raccourcir le délai entre la diffusion d'un film en salle et sa disponibilité en téléchargement (en VOD, video à la demande), voire même à lancer certains films jugés secondaires simultanément sur l'écran noir et la toile.

Au vu du succès remporté par YouTube Movies de Google avec "The Interview", alors que le service est relativement novice dans la VOD, d'autres plateformes internet risquent d'être tentées de développer leur propre contenu de cinéma en streaming.

Mais pour l'heure, les relations étroites développées entre les studios hollywoodiens et les salles obscures et le fait que ces dernières réalisent encore une part importante des recettes s'opposent à ce que Sony fasse des émules.

"La grande majorité des recettes viendra encore des salles dans les trois à cinq prochaines années", prédit Hal Vogel, directeur général de Vogel Capital Management.

De fait, les analystes ne veulent pas trop extrapoler le succès en ligne d'une comédie qui est un cas particulier en ce qu'elle a été l'objet d'une brutale intrusion informatique imputée par Washington à la Corée du Nord et de menaces adressées aux exploitants de salles.

Pour autant, les studios ont déjà sensiblement altéré la "chronologie des médias", ramenant à trois mois et 14 jours en moyenne l'exclusivité de diffusion des salles contre près de six mois en 1997.

"On voit déjà la chronologie changer et bien des éléments existants de cette chronologie ne veulent plus rien dire pour le consommateur, encore moins pour les générations du numérique", observe Daniel Ernst, analyste d'Hudson Square Research.

MOINS TRANSPARENT QUE LE BOX-OFFICE

Les studios prélèvent habituellement un plus gros pourcentage sur les achats en ligne, soit 70% environ de la recette, contre 50% pour le passage en salle.

Il est difficile de juger le modèle économique de la VOD dans la mesure où les studios n'ont pas l'habitude de communiquer les recettes tirées de la vision en ligne.

"Ca n'a pas la transparence du box-office", constate Phil Contrino, analsyte de Boxoffice.com. "Habituellement, on ne sait rien des résultats de la VOD (...). Mais je suis certain que cela va changer, bientôt, espérons-le".

Le principe de raccourcir le délai de diffusion entre la salle de cinéma et le web fait son chemin dans la mesure où les adolescents et les jeunes adultes vont moins au cinéma, selon des études récentes de Nielsen et de la Motion Picture Association of America, l'organisme de tutelle de Hollywood.

"Il y aura en mars la CinemaCon, la convention des exploitants de salles (...) et on peut parier que ce sera un sujet majeur", dit Paul Degarabedian, analyste de la société de tracking Rentrak.

On peut penser que 2015 sera une bonne année pour les salles, avec le septième volet de la saga "Star Wars", "Avengers: Age of Ultron" et la septième déclinaison de la franchise "Fast and Furious", autant de "blockbusters" en puissance dont la cible est une audience jeune, voire très jeune.

Mais l'expérience vécue avec "The Interview" risque de modifier quelque peu la donne.

"Il s'agit de savoir ce qu'attend le consommateur; cela peut faire mauvais effet de lui dire qu'on ne peut pas acheminer le film chez lui plus vite", conclut Contrino.

(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Véronique Tison)

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