The Artist dépoussière les claquettes

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Les studios de danse en France constatent un regain d'intérêt pour cette discipline, qui profite du triomphe du film de Michel Hazanavicius.

Le pas de deux de Jean Dujardin et Bérénice Béjo n'inspire pas qu'Hollywood. The Artist, qui a littéralement triomphé à la cérémonie des Oscars dont il est reparti avec cinq trophées, dope les studios de danse en France. «Les médias ont beaucoup parlé du film, ce qui a mis un coup de projecteur sur les claquettes. Cela est très porteur pour la profession», confie Dominique Bengasini, président de la Fédération française de danse jazz (FFDJ-IDO), qui représente notamment les professionnels des claquettes. Dans sa propre école, à Lyon, il a constaté une hausse des inscriptions à ses cours ces dernières semaines. Hervé Le Goff, professeur de claquettes au Centre de danse du Marais, à Paris, observe la même tendance. «Les stages d'initiation aux claquettes rencontrent un vif succès.» A l'association Ferry Tap Dance, les danseurs de claquettes sont même «davantage sollicités pour des interventions» dans le cadre d'évènements organisés par les collectivités, par exemple, explique Paul Ferry, son président.

Grâce à The Artist , les rangs des nostalgiques de Fred Astaire et Gene Kelly ne risquent pas de désemplir. «Après chaque rediffusion d'un de ces films mythiques des années 50, nous recevions déjà un flot d'appels de personnes intéressées par nos cours», remarque Dominique Bengasini. Mais les admirateurs de ces vedettes hollywoodiennes ne sont pas les seuls à tâter du fer de leurs chaussures de danse. «Les jeunes s'intéressent de plus en plus aux claquettes et certains artistes, dont Savion Glover aux États-Unis, associent cette discipline à des danses modernes comme le hip-hop», note Alain Piga, chorégraphe et professeur au studio Françoise et Alain Piga à Saint-Etienne.

De fait, cette discipline née au 19ème siècle n'a jamais vraiment cessé d'être à la mode. «L'arrivée en France, il y a une dizaine d'années, des spectacles de danse irlandaise Riverdance ou Lord of the Dance avait créé un engouement pour les claquettes irlandaises mais aussi pour les américaines, un style plus connu», explique Muriel Romanczuk, présidente de l'association ClaqTaps. Plus récemment, le télé-crochet «You can dance», dont les émissions sont diffusées le jeudi soir sur NT1, offre une belle visibilité aux claquettes. A l'échelle internationale, les grandes compétitions rassemblent plusieurs milliers de «claquettistes» du monde entier. «Depuis quelques années, des pays comme la Chine, le Japon ou l'Afrique du Sud se mettent au claquettes», souligne Dominique Bengasini.

Transformer l'essai

Pour profiter de cet engouement général, «les écoles de claquettes vont probablement organiser davantage de stages ouverts aux débutants ou proposer plus de cours d'essai», parie bien volontiers Alain Piga. Encore faudra-t-il transformer ces essais. «Il est trop tôt pour voir si l'effet The Artist est durable», nuance Marion Sandner, une chorégraphe qui enseigne les claquettes entre autres à l'école Victor Cuno, à Paris. En effet, les inscriptions aux cours sont bien souvent annuelles et débutent en septembre. «D'ici là, le soufflé sera peut-être retombé», admet l'artiste.

D'autant que maîtriser les claquettes est un travail de longue haleine. «Jean Dujardin et Bérénice Béjo ont travaillé des mois avec le claquettiste Fabien Ruiz avant de réaliser cette performance», rappelle le président de FFDJ-IDO. A la difficulté technique de la discipline s'ajoute son coût, qui n'est pas à la portée de toutes les bourses, même si certaines associations proposent des tarifs plus abordables (notamment des abonnements de 300 à 500 euros l'année): comptez jusqu'à 400 euros en moyenne pour des chaussures de professionnels (les prix pouvant toutefois démarrer autour de 40 euros), 15 euros pour une heure de cours collectif, ou 45 à 50 euros pour un cours particulier. De quoi émousser rapidement la motivation des claquettistes du dimanche, même celle des plus grands fans de The Artist.

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  • gepadtun le lundi 27 fév 2012 à 16:06

    C'est comme pour "Les Choristes". Dans 6 mois tout le monde trouvera ça aussi ringard que d'habitude. Juste un effet de mode savamment orchestré pour l'occasion. Et bien sûr ces veaux de français plébiscitent.