Thales place les pays émergents dans son viseur

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THALES SE TOURNE VERS LES PAYS ÉMERGENTS
THALES SE TOURNE VERS LES PAYS ÉMERGENTS

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Le nouveau PDG de Thales Jean-Bernard Lévy s'est montré jeudi déterminé à mener son groupe à l'assaut des contrats dans les pays émergents, tournant résolument le dos à la stratégie de son prédécesseur, Luc Vigneron, qui s'était focalisé sur les réductions de coûts.

L'ex-patron de Vivendi a succédé juste avant Noël à Luc Vigneron, qui était contesté en interne et avait été lâché par les principaux actionnaires du groupe, mais avait conservé un certain crédit auprès de la communauté financière pour son plan d'économies Probasis.

"Soyons clairs : Thales ne peut pas avoir comme principale mission de survivre dans une période difficile dans les marchés de la défense et de réduire ses coûts", a estimé Jean-Bernard Lévy lors de sa première conférence téléphonique avec les analystes.

Il a chargé Pascale Sourisse, qui était elle-même pressentie pour le fauteuil de PDG de Thales et dirige désormais l'ensemble des activités internationales du groupe, d'améliorer la part du chiffre d'affaires dans les pays émergents au-delà des 20-22% actuels.

Jean-Bernard Lévy, qui a regretté l'absence de grands contrats dans les pays émergents l'an passé, s'est engagé à se montrer davantage à l'écoute des clients.

"Thales a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir être fier de ses compétences en termes de marketing", a-t-il estimé. "J'ai rencontré quelques uns de nos clients et je peux dire que procéder simplement à quelques changements culturels élémentaires améliorera nettement la situation".

Thales, équipementier pour l'aéronautique, la défense et la sécurité, anticipe pour cette année une légère croissance de ses prises de commandes, des contrats dans les pays émergents devant compenser la morosité de la conjoncture en Europe.

"INTROSPECTION" À VENIR SUR LA STRATÉGIE

Le groupe vise une hausse de 5% à 8% de son résultat opérationnel courant cette année grâce à la poursuite de ses efforts sur les coûts et une stagnation de son chiffre d'affaires, sous le coup de l'impact sur la défense de l'austérité budgétaire en Europe.

"Je ne suis pas totalement convaincu que la manière dont les efforts sur les coûts et le plan de performance ont été mis en oeuvre soient totalement conformes à ce que devrait être la gestion d'une entreprise très grande et sophistiquée", a ajouté Jean-Bernard Lévy.

En 2012, Thales a toutefois dépassé les attentes du marché avec une hausse de 24% de son résultat opérationnel courant à 927 millions d'euros, donnant une marge améliorée de 0,8 point à 6,5%, tandis que son bénéfice net ajusté part du groupe ressort en hausse de 13% à 585 millions.

Son chiffre d'affaires, en hausse de 9% à 14,158 milliards d'euros, et ses nouvelles commandes, en progression de 1%, ont bénéficié de la consolidation du constructeur naval militaire DCNS pour la première fois dans ses comptes à hauteur de 35%.

Les analystes attendaient en moyenne pour 2012 un chiffre d'affaires de 13,823 milliards d'euros, un bénéfice d'exploitation de 845 millions et un bénéfice net de 517 millions, selon le consensus Thomson Reuters I/B/E/S.

Jean-Bernard Lévy a dit lancer pour les mois à venir une "introspection" sur les priorités stratégiques de Thales en termes de zones géographiques et de produits pour les cinq à dix ans à venir, écartant dans l'immédiat tout changement de périmètre ou acquisition transformante.

"Les réponses viendront de l'intérieur de Thales et pas de l'effet magique d'une fusion-acquisition", a-t-il dit.

Jean-Bernard Lévy a également précisé que Thales continuait à fournir à Boeing un système de conversion électrique pour les batteries lithium-ion du 787, livrées à l'avionneur américain par le japonais GS Yuasa.

"Il n'y a pas de changement dans la chaîne de responsabilités actuelle".

Des incidents liés à plusieurs de ces batteries ont entraîné l'immobilisation de flotte de 787 en janvier et conduit à Airbus à renoncer à ce type de batteries pour son propre long-courrier, le futur A350.

Jean-Bernard Lévy s'est montré avare en commentaires sur ce sujet, arguant de "règles très strictes de confidentialité" imposées par Boeing, et se bornant à indiquer que Thales continuait à aider le constructeur américain à déterminer l'origine du problème et la solution à mettre en oeuvre.

Thales, qui a pour principaux actionnaires l'Etat et Dassault Aviation avec 27% et 26% du capital respectivement, propose au titre de 2012 un dividende à 0,88 euro par action contre 0,78 pour 2011.

L'action a clôturé en hausse de 1,28% à 26,985 euros jeudi avant la publication de ces chiffres, donnant une capitalisation de 5,46 milliards. Elle a gagné 2,8% depuis le début de l'année après avoir pris 7,5% en 2012.

Edité par Véronique Tison

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