Textile : les prix vont grimper de 15% cet été

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Les enseignes vont être obligées de répercuter sur leurs prix la flambée historique du prix du coton. Les volumes de ventes pourraient décrocher de 10%

Elle n'a plus le choix. L'industrie du textile et de l'habillement, qui se dit dos au mur, s'est finalement résolue à augmenter ses prix. D'après Lucien Deveaux, président de l'Union des industries textiles (UIT), cette hausse sera de 3 à 15%. En cause, la montée en flèche des cours du coton, qui ont atteint récemment des plus hauts niveaux depuis la guerre de Sécession aux États-Unis (1861-1865), soit il y a plus de 140 ans !

Depuis mai 2010, le prix de coton a littéralement explosé, passant d'environ 75 centimes de dollar à près de 2 dollars. La laine, elle, s'est envolée d'environ 38% en un an, tandis que le prix de la soie a été multiplié par deux.

Or les matières premières représentent 8 à 20% du prix de revient industriel d'un vêtement et jusqu'à 40% de celui d'un drap de lit, selon l'Institut français de la mode (IFM). Les catastrophes climatiques qui ont eu lieu dans les principaux pays producteurs de coton (Inde, Chine, Brésil, Australie et Pakistan) ces derniers mois ont plombé les récoltes. Par ailleurs, depuis plusieurs années, la surface mondiale consacrée à la production de ces matières premières se réduit drastiquement, asséchant d'autant plus l'offre, les agriculteurs du secteur, déçus par la très coûteuse et peu rentable production de coton (il y a trois ans, la livre de coton valait à peine 70 cents), ayant choisi des activités plus rémnuératrices comme les céréales et les oléagineux.

Au final, pour la saison 2010/2011, la production mondiale de coton va représenter environ 115,5 millions de balles, tandis que la consommation ne devrait atteindre que 116,579 millions - la Chine dévorant littéralement le marché -, ce qui fait un déficit de 1,1 million.

 

Les ventes pourraient diminuer de 10%

 

Si l'industrie textile a résisté jusqu'à présent pour ne pas répercuter sur le prix final le surcroît de charges en matière première, il en va aujoud'hui de la survie du secteur: de telles augmentations «sont inéluctables si l'on veut continuer à avoir une industrie textile dans ce pays», défend Benoît Hacot, directeur général du spécialiste de linge Hacot & Colombier et par ailleurs président de la Fédération française des industries lainières et cotonnières (Ffilc).

Mais, selon Rodolphe Deveaux, directeur de l'enseigne Armand Thiery, qui se verra «peut-être» contraint de relever ses prix vers l'été prochain, «les gens ne sont pas prêts à payer plus cher, à perdre du pouvoir d'achat». Si bien que «les volumes de vente pourraient diminuer d'environ 10%», estime de son côté Benoït Hacot, dans la mesure où les enseignes ont habitué les consommateurs à des promotions et à des politiques de casse des prix favorisées par la délocalisation des usines en Asie, où la main d'oeuvre est bon marché.

Une estimation qui fait écho aux chiffres publiés par l'IFM: les prix moyens des vêtements ont baissé de 15% entre 1999 et 2009, alors que les quantités consommées ont augmenté de 20%. Toutefois, déjà, les distributeurs et fabricants se détournent vers le polyester pour compenser la hausse du prix du coton. Ce qui pourrait amortir la hausse sur les étiquettes... et la chute des ventes.

Sauf que, dans cette spirale infernale à la hausse des cours du coton, qui ne semble pas vouloir s'arrêter là, en partie alimentée par des spécualtions sur les marchés, des problèmes d'approvisionnement sont prévus: «les prix montent tellement vite que je crains qu'un fournisseur me dise, Monsieur ces vestes-là je ne vous les livre plus ou alors je vous les livre mais à un autre prix», craint Rodolphe Deveaux.

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