Terrorisme-Paris et Berlin veulent un accès aux données cryptées

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    * L'application Telegram dans le collimateur 
    * Cazeneuve et Maizière propose à l'UE de légiférer 
 
    PARIS, 23 août (Reuters) - Paris et Berlin ont appelé mardi 
à la mise en place, au niveau européen, d'une réglementation 
obligeant les opérateurs de messageries cryptées à coopérer avec 
les Etats de l'Union lors d'enquêtes judiciaires sur des réseaux 
terroristes.  
    De nombreux services de messagerie électronique cryptée sont 
utilisés par les djihadistes, ce qui complique la tâche des 
enquêteurs.  
    L'application Telegram, créée par un Russe, est ainsi très 
prisée par les adeptes du groupe Etat islamique, qui l'utilisent 
pour répandre leur propagande et communiquer entre eux.  
    "Les échanges de plus en plus systématiques opérés via 
certaines applications telles que Telegram doivent pouvoir, dans 
le cadre de procédures judiciaires, (...) être identifiés et 
utilisés comme élément de preuve par les services 
d'investigation et les magistrats", a déclaré lors d'un point 
presse le ministre de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve.  
    "Nous proposons donc aujourd'hui que la Commission 
européenne étudie la possibilité d'un acte législatif 
rapprochant les droits et les obligations de tous les opérateurs 
proposant des produits ou des services de télécommunications 
(...) dans l'Union européenne, que leur siège juridique soit ou 
non en Europe", a-t-il ajouté aux côtés de son homologue 
allemand, Thomas de Maizière, qu'il recevait place Beauvau.  
    Au moins un des deux tueurs du prêtre Jacques Hamel, 
assassiné le 26 juillet lors de la messe dans une église de 
Saint-Etienne du Rouvray (Seine-Maritime), communiquait via 
Telegram. 
    Le débat sur l'accès aux échanges cryptés entre djihadistes 
sur smartphones est ravivé après chaque attentat.  
     
    PAS D'INTERLOCUTEUR CHEZ TELEGRAM 
    L'objectif de la proposition franco-allemande est de 
parvenir à imposer à des opérateurs non coopératifs de 
déchiffrer certains messages.  
    En clair, il s'agit de pouvoir accéder, sur réquisition 
judiciaire, à des échanges cryptés comme s'ils étaient "en 
clair", de la même manière qu'un enquêteur peut perquisitionner 
un appartement. 
    Mais des experts appellent à la plus grande prudence, la 
cryptographie étant essentielle à la sécurité en ligne.  
    Pour les auteurs d'une tribune publiée lundi par le Monde, 
dont la présidente de la Commission nationale de l'informatique 
et des libertés (Cnil), Isabelle Falque-Pierrotin, la création 
de "portes dérobées" ouvrant un accès aux données chiffrées 
n'est pas sans risque : "Il est techniquement impossible de 
s'assurer que de tels accès ne soient disponibles qu'au profit 
des personnes autorisées", écrivent-ils.  
    Bernard Cazeneuve s'est défendu mardi de vouloir mettre en 
place un système remettant en cause la protection des données 
personnelles : "Il s'agit de déterminer les moyens (...) qui 
permettent aux enquêtes judiciaires d'aller à leur terme."  
    "Le niveau de coopération n'est pas le même suivant les 
opérateurs", a ajouté le ministre de l'Intérieur, citant 
directement l'application Telegram "pour laquelle les Etats ne 
disposent d'aucun interlocuteur".  
    Les ministres de l'Intérieur français et allemand, qui ont 
transmis mardi des propositions communes à la Commission 
européenne, suggèrent par ailleurs de muscler les contrôles aux 
frontières, de renforcer l'usage de la biométrie pour lutter 
efficacement contre l'utilisation de vrais-faux passeports, et 
de mettre en place un système d'autorisation de voyage, dans 
l'Union, pour les personnes non soumises à visa.  
 
 (Chine Labbé, édité par Emmanuel Jarry) 
 
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