Tentative de putsch en Turquie, "nous vaincrons", dit Erdogan

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    * Les putschistes paieront le prix fort, promet Erdogan 
    * La situation largement sous contrôle, selon le Premier 
ministre 
    * Les putschistes annoncent la création d'un "conseil de 
paix" 
 
    par Nick Tattersall et Tulay Karadeniz 
    ANKARA, 15 juillet (Reuters) - L'armée a annoncé vendredi 
avoir pris le pouvoir en Turquie, mais le président Recep Tayyip 
Erdogan a promis d'empêcher les putschistes de parvenir à leurs 
fins. 
    "Nous allons surmonter cela", a-t-il affirmé, interrogé par 
téléphone à l'antenne de CNN Turquie. Recep Tayyip Erdogan a 
appelé les Turcs à descendre dans la rue et à se rassembler sur 
les places pour exprimer leur soutien à son administration et a 
assuré que les putschistes paieraient le prix fort.  
    Le renversement du chef de l'Etat, au pouvoir depuis 2003, 
serait un cataclysme pour la région, alors que la guerre fait 
rage aux frontières de la Turquie. Même si elle échoue, cette 
tentative de coup d'Etat pourrait durement déstabiliser le pays, 
proche allié des Etats-Unis et membre de l'Otan. 
    Le président, qui se trouvait en vacances à Marmaris, sur la 
côte, a promis de rentrer rapidement. Son avion s'est posé dans 
la nuit à Istanbul, selon des membres de son administration.   
    Parlant d'un acte terroriste, le premier ministre, Binali 
Yildirim, a pour sa part assuré que le gouvernement restait aux 
affaires. 
    La situation est largement sous contrôle, a-t-il ajouté par 
la suite, imputant la tentative de coup d'Etat à des partisans 
de l'opposant Fethullah Gülen. Le mouvement de Gülen, qui vit en 
exil au Etats-Unis, a nié toute implication dans la tentative de 
coup d'Etat.  
    Binali Yildirim a en outre annoncé l'instauration d'une zone 
d'exclusion aérienne à Ankara. Le chef du gouvernement s'est 
exprimé à la télévision publique, dont les émissions ont repris 
après une interruption due à ce que son personnel a qualifié de 
prise d'otages de la part des putschistes. 
    L'agence de presse Anatolie et CNN Turquie font état d'une 
autre prise d'otages au quartier général de l'armée, à Ankara. 
Le chef d'état-major y serait notamment retenu, selon la 
première.    
    D'après les images diffusées par les chaînes de télévision, 
de nombreux Turcs se sont rassemblés sur les places d'Istanbul 
et d'Ankara, où des chars ont ouvert le feu après avoir pris 
position autour du parlement, selon un journaliste de Reuters 
sur place. 
    La chaîne de télévision publique NTV annonce quant à elle 
qu'un avion de chasse F-16 a abattu un hélicoptère utilisé par 
les putschistes à Ankara et l'agence de presse Anatolie fait 
état de 17 policiers tués dans l'attaque de leurs locaux, 
toujours dans la capitale. L'information n'a pu être vérifiée. 
     
    "PAS SEULEMENT QUELQUES COLONELS" 
    Tous les aéroports ont été fermés et des tirs ont été 
signalés à celui d'Istanbul, selon un autre journaliste de 
Reuters. Les réseaux sociaux sont inaccessibles et l'armée a 
barré l'accès aux deux ponts d'Istanbul qui enjambent le 
Bosphore, dont l'un est toujours illuminé en bleu, blanc, rouge, 
en hommage aux victimes de l'attentat commis jeudi soir à Nice.  
    Avant de cesser d'émettre, la TRT a annoncé l'instauration 
d'un couvre feu national et de la loi martiale. Un présentateur 
a lu un communiqué sur ordre des militaires accusant le 
gouvernement de porter atteinte à la démocratie et à l'Etat de 
droit laïque. 
    Le pays sera dirigé par un "conseil de paix" qui garantira 
la sécurité de la population, a-t-il ajouté. 
    La plupart des capitales étrangères ont manifesté leur 
inquiétude en attendant de connaître la suite des événements. 
    Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre 
russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, s'exprimant 
conjointement après des entretiens à Moscou, ont dit espérer 
qu'un bain de sang serait évité.  
    La Turquie, dont l'armée est la deuxième de l'Otan, joue un 
rôle de premier plan dans la lutte contre les djihadistes de 
l'Etat islamique. Elle soutient fermement l'opposition syrienne 
et héberge deux millions de réfugiés.  
    Des coups de feu ont été tirés à Damas pour célébrer la 
tentative de coup d'Etat.  
    Un haut responsable européen observant la situation a 
déclaré qu'il semblait s'agir d'un coup d'Etat "relativement 
bien orchestré mené par une partie importante de l'armée, pas 
seulement quelques colonels".  
    "Ils ont le contrôle des aéroports et devraient prendre le 
contrôle de la télévision sous peu. Ils contrôlent plusieurs 
points stratégiques d'Istanbul".  
    Dans un communiqué adressé par email et relayé par les 
télévisions, l'armée a dit avoir pris le pouvoir pour protéger 
l'ordre démocratique et les droits de l'homme. 
    Elle a ajouté que toutes les relations internationales 
étaient maintenues et que l'état de droit devait rester une 
priorité. 
 
 (Avec Ayla Jean Yackley, David Dolan, Akin Aytekin et Orhan 
Coskun; Jean-Stéphane Brosse et Jean-Philippe Lefief pour le 
service français) 
 
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