Tensions dans Bagdad où Maliki mobilise ses forces

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(Actualisé avec membre du parti de Maliki §§5-6) par Ahmed Rasheed BAGDAD, 11 août (Reuters) - Des membres des forces spéciales irakiennes loyales au Premier ministre, le chiite Nouri al Maliki, engagé dans un bras de fer pour se maintenir au pouvoir et conforté par une décision de justice, se sont déployés dimanche soir dans des secteurs stratégiques de Bagdad, a annoncé la police irakienne. Des milices chiites favorables au chef du gouvernement ont également renforcé leurs patrouilles dans la capitale irakienne. Dimanche soir, Maliki a prononcé un discours particulièrement offensif à la télévision pour déclarer qu'il ne renoncerait pas à tenter de briguer un troisième mandat de Premier ministre. Il a également accusé le nouveau président irakien, Fouad Massoum, d'avoir enfreint la constitution en ne confiant pas à son parti, le principal bloc politique au Parlement, la charge de désigner le futur chef du gouvernement. Selon la télévision d'Etat, la Cour suprême fédérale lui a donné raison, lundi, ouvrant la porte à son maintien au pouvoir, aussitôt réclamé par son entourage. "Après cette décision, le président doit demander à notre candidat Nouri al Maliki de former le gouvernement, sinon il se mettra dans une position dangereuse de violer la constitution", a déclaré à Reuters Mahmoud al Hassan, un membre du parti du Premier ministre. L'offensive tous azimuts de Maliki, au pouvoir depuis 2006, est intervenue à un moment où son poste semblait particulièrement menacé: selon le vice-président du Parlement irakien, Haider al Abadi, le bloc chiite était en effet sur le point de s'entendre sur un nouveau chef de gouvernement. "TRÈS PROBLÉMATIQUE" Réagissant lundi à la décision de la Cour fédérale, un responsable politique irakien a jugé "très problématique" le soutien affiché par cette dernière à Maliki. "Cela va rendre la situation très, très complexe", a-t-il dit sous le sceau de l'anonymat. Critiqué de toutes parts pour son autoritarisme et une pratique jugée sectaire du pouvoir, Maliki est notamment accusé par ses détracteurs d'avoir favorisé l'émergence des djihadistes de l'Etat islamique en nourrissant les frustrations de la communauté sunnite irakienne. Le Premier ministre, qui expédie les affaires courantes depuis les élections législatives confuses d'avril - qui n'ont pas fait émerger de majorité évidente -, a rejeté les appels à la démission lancés par les sunnites, les kurdes mais aussi des chiites dont le grand ayatollah Ali Sistani et ses alliés à Téhéran. Peu avant la décision de la Cour fédérale, le secrétaire d'Etat américain John Kerry avait lancé un nouveau plaidoyer en faveur de la formation d'un gouvernement plus "inclusif" à Bagdad pour lutter plus efficacement contre l'offensive de l'Etat islamique. "Le processus de formation du gouvernement est essentiel pour la stabilité et le calme en Irak et nous espérons que Mr Maliki ne va pas semer la pagaille", a dit John Kerry pendant une escale à Sydney. "Il faut que les Irakiens soient conscients qu'il n'y aura qu'un soutien international très limité pour tout ce qui s'écarterait du processus constitutionnel légitime en cours", a-t-il ajouté. FABIUS POUR UN "GOUVERNEMENT DE LARGE UNITÉ" A Washington, le département d'Etat avait affiché dès dimanche soir le soutien des Etats-Unis au président Massoum, "garant de la constitution irakienne". "Nous rejetons toute tentative visant à obtenir un résultat par la coercition ou la manipulation du processus constitutionnel ou judiciaire", avait dit Marie Harf, porte-parole du département d'Etat, dans un communiqué. Car Barack Obama comme nombre de dirigeants occidentaux estiment, depuis l'offensive lancée début juin par les islamistes de l'Etat islamique, que Maliki fait partie du problème, et qu'il n'y aura de solution durable et viable en Irak sans constitution d'un gouvernement le plus "inclusif" possible, c'est-à-dire sans l'actuel Premier ministre. "L'Irak a besoin d'un gouvernement d'unité, de large unité. Il faut que tous les Irakiens se sentent représentés et puissent mener la bataille contre le terrorisme", a souligné dimanche Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française en déplacement en Irak. Mais Maliki s'accroche et le déploiement de commandos des forces spéciales dans Bagdad confirme qu'il ne cédera pas facilement. Une source policière évoquait dimanche soir un déploiement sans précédent, "notamment dans les secteurs sensibles proches de la Zone verte et aux entrées de la capitale". "Ces forces, ajoutait cette source, assurent la totale responsabilité de la sécurité dans ces secteurs." (avec Michael Georgy à Bagdad, Lesley Wroughton à Sydney et Sandra Maler à Washington; Danielle Rouquié, Henri-Pierre André et Tangi Salaün pour le service français)

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