Tensions à la CDC autour de la Banque publique d'investissement

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par Julien Ponthus et Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Lancé il y a à peine une semaine, le chantier de la Banque publique d'investissement (BPI) suscite des inquiétudes à la Caisse des Dépôts (CDC), dont certaines filiales craignent d'être marginalisées lorsque ce projet phare du programme de François Hollande verra le jour.

Une consultation menée par Bercy est actuellement en cours et doit en définir ses contours d'ici au 30 juillet.

Ce nouvel outil de la politique économique du gouvernement doit être opérationnel dès janvier 2013 et devrait se traduire par une profonde réorganisation des différentes outils de financement public qui gravitent autour de la Caisse des dépôts.

Deux filiales de la CDC, CDC Entreprises et le Fonds stratégique d'investissement (FSI), investissent en fonds propres dans les entreprises et se disputent déjà le leadership de cette activité qui devrait être regroupée au sein du nouvel ensemble.

Des articles de presse évoquant une possible disparition du FSI au profit de CDC Entreprises ont notamment échauffé les esprits.

"C'est la bataille des anciens contre les modernes", juge un responsable au sein du groupe Caisse des dépôts qui note que la méfiance entre les équipes des deux filiales reste bien vivace depuis la création en 2008 du FSI par Nicolas Sarkozy.

La création de ce fonds souverain "à la française" a été interprétée par certains observateurs comme une pierre jetée dans le jardin de la CDC par Nicolas Sarkozy dont les relations avec l'ancien directeur général de la CDC, Augustin de Romanet, n'ont pas toujours été au beau fixe.

Aujourd'hui le "Yalta" des zones d'influence dans la nébuleuse de la Caisse des dépôts est remis en cause.

Parallèlement, des responsables s'interrogent aussi sur la pertinence de garder Qualium, la filiale de capital investissement de la CDC qui est notamment propriétaire de la chaîne de restauration rapide Quick ou du distributeur La Foir'fouille.

En effet, Qualium utilisent des LBOs, ces montages financiers qui permettent de racheter des entreprises grâce à des leviers de dette importants. Ces opérations ont été sévèrement critiquées durant la campagne du candidat socialiste.

"CHAMAILLERIE"

Les interrogations et les sources de tensions sont légions au sujet de la BPI. Qui de l'Etat ou de la CDC contrôlera la BPI? Quelles filiales seront fusionnées? Bercy voudrait-il prendre le contrôle du FSI à travers l'agence des participations de l'Etat? Quelles places auront les régions dans la gouvernance de la banque? Quels dirigeants bénéficieront de ce chamboulement? Lesquels seront mis sur la touche?

Autant de questions pour le moment sans réponses et qui agitent les esprits.

"Je ne crois pas qu'il faille y voir de la chamaillerie ou de la méchanceté", temporise le président de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts, Michel Bouvard.

"Il est utile que des responsables qui y ont un intérêt prennent la parole", conseille néanmoins le député UMP de Savoie, souhaitant que le débat soit "ouvert et transparent."

Une source note que toute réorganisation entraîne inévitablement des frictions en matière de gouvernance mais que ce qui est important c'est que le projet du gouvernement suscite l'adhésion de l'institution.

Une autre source proche de la direction de la Caisse des dépôts indique que l'institution soutient pleinement la création de la nouvelle banque publique.

"La création de la BPI sera l'aboutissement d'un processus engagé en 2008 avec le lancement du FSI, le renforcement d'OSEO et FSI régions. C'est un moyen de décupler les moyens d'actions en faveurs des entreprises", a déclaré cette personne.

La mise sur pied de la BPI vise notamment à remédier aux difficultés de financement des petites et moyennes entreprises (PME), des entreprises de taille intermédiaire (ETI) et des "acteurs de l'économie sociale et solidaire", en proposant un guichet unique.

Elle permettra notamment de mobiliser à leur service l'épargne recueillie par le "livret d'épargne industrie" (LEI) qui remplacera le livret de développement durable (LDD).

Le programme présidentiel de François Hollande prévoyait un doublement du plafond du Livret A et du LDD actuellement limités à 15.300 et 6.000 euros et aujourd'hui rémunérés à 2,25%.

Edité par Jean-Michel Bélot

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