Tensions à Chypre entre la présidence et la Banque centrale

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TENSIONS ENTRE LA PRÉSIDENCE ET LA BANQUE CENTRALE À CHYPRE
TENSIONS ENTRE LA PRÉSIDENCE ET LA BANQUE CENTRALE À CHYPRE

par Michele Kambas et Laura Noonan

NICOSIE (Reuters) - L'accord conclu ce week-end à Bruxelles est censé sauver Chypre de la faillite, mais l'île n'en est pas pour autant tirée d'affaire, comme le montrent les tensions croissantes entre le chef de l'Etat issu des rangs conservateurs et le gouverneur de la Banque centrale, nommé par son prédécesseur communiste.

Le mépris à peine voilé de l'entourage du président Nicos Anastasiades à l'égard de Panicos Demetriades alimente le sentiment que les autorités sont sous le choc d'un accord arraché à la dernière minute, au terme d'âpres négociations.

Nommé en mai par Demetris Christofias, qui était alors le dernier chef d'Etat communiste de l'Union européenne, le gouverneur de la Banque centrale aura un rôle crucial à jouer dans la mise en oeuvre du plan de sauvetage.

C'est lui qui va devoir superviser la restructuration de la première banque du pays et la liquidation de la seconde.

L'ancien professeur d'économie de l'université de Leicester très hostile aux politiques d'austérité devra en outre veiller au respect du dispositif censé encadrer strictement les opérations bancaires pour éviter une fuite des capitaux à la réouverture des établissements nationaux, prévue jeudi.

"Il y a un total déficit de communication entre la Banque centrale et les conseillers du président. La Banque centrale a perdu le respect du président et du secteur bancaire", note un expert impliqué dans la résolution de la crise chypriote.

"UN DÉSASTRE ABSOLU"

Les divergences ont jusqu'ici porté sur les thèmes éminemment sensibles de la liquidation de la Cyprus Popular Bank et de la date de réouverture des banques, qui sont fermées depuis le 16 mars pour éviter une ruée vers les guichets.

Lundi, l'affrontement s'est focalisé sur la seconde question. La Banque centrale a alors annoncé que certaines banques pourraient ouvrir avant jeudi, avant de faire marche arrière.

Selon un membre de son équipe, cette annonce a rendu le président "furieux". Nicos Anastasiades, qui a pris ses fonctions il y a un mois, a repoussé à trois reprises son allocution télévisée ce jour-là pour rencontrer Panicos Demetriades.

"Les gens logiques peuvent ne pas être d'accord, mais le gouverneur pense qu'au lieu de prolonger la fermeture des banques, il vaut mieux prendre le risque de les rouvrir", a commenté mardi le ministre des Finances, Michael Sarris.

"Ce sera un désastre absolu", prédit quant à lui un membre de la majorité, interrogé sur la pelouse du palais présidentiel.

Certains banquiers se sont toutefois portés au secours de Panicos Demetriades, dont le mandat court jusqu'en 2017.

"Le gouverneur de la Banque centrale a fait un excellent travail jusqu'ici. Je suis surpris que les responsables politiques le montrent du doigt", a ainsi dit l'un d'eux, qui a récemment quitté le conseil d'administration d'un grand établissement de l'île.

Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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