Tension en Grèce après la fermeture de l'audiovisuel public

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LA FERMETURE DE L'AUDIOVISUEL PUBLIC SOURCE DE TENSION POLITIQUE EN GRÈCE
LA FERMETURE DE L'AUDIOVISUEL PUBLIC SOURCE DE TENSION POLITIQUE EN GRÈCE

par Renee Maltezou et Lefteris Papadimas

ATHÈNES (Reuters) - La mise en sommeil des trois chaînes de télévision et des radios du service public a provoqué une levée de boucliers en Grèce, mais le Premier ministre Antonis Samaras s'est dit déterminé à mener cette réforme à bien et a fustigé "l'hypocrisie" de ses partenaires au sein de la coalition gouvernementale.

Mis devant le fait accompli, les socialistes du Pasok et la Gauche démocratique ont demandé mercredi une reprise immédiate des émissions, demande ignorée par Antonis Samaras, qui y a vu une preuve que la Grèce ne doit plus être "un Jurassic Park, le seul endroit sur terre où les dinosaures ont survécu".

"On n'a pas entendu de telles réactions quand des milliers d'entreprises ont fermé et des centaines de personnes perdu leur emploi", a raillé le Premier ministre.

"Ils crient parce qu'ils ne veulent pas perdre leurs privilèges, ils ne crient pas pour défendre les droits des gens (...) C'est un nouvel exemple de l'hypocrisie qui a conduit la Grèce là où elle est aujourd'hui et d'un système qui ne veut pas renoncer à ses privilèges", a-t-il martelé.

Selon une source gouvernementale, Antonis Samaras a cependant accepté de rencontrer ses partenaires "dans les prochains jours" pour aborder la question de la fermeture de l'ERT.

Les partis de gauche avaient auparavant plaidé pour une solution moins brutale que la décision prise par décret et annoncée sans préavis mardi en toute fin d'après-midi, moins de cinq heures avant l'extinction brutale des antennes.

"L'ERT doit assurément être réformée et restructurée. Elle doit être améliorée mais il est essentiel que cela ait lieu alors qu'elle est en activité. Il est inacceptable que l'ERT reste fermée alors qu'il reste des questions en suspens", a déclaré Fotis Kouvélis, chef de file de la Gauche démocratique, à l'issue d'un entretien avec son homologue du Pasok.

"L'ERT est devenue le catalyseur des questions liées à la démocratie, à l'impartialité de l'Etat et à la stabilité de la voie suivie par le pays", avait estimé un peu plus tôt Evangélos Vénizélos. "Nous ne devons pas provoquer de crise sans raison", avait-il insisté dans un communiqué diffusé après une réunion des cadres du parti socialiste.

Les syndicats grecs ont appelé à une grève générale de 24 heures jeudi pour protester contre cette décision qui été un choc pour les quelque 2.600 salariés du groupe audiovisuel public, dont 600 journalistes environ, et pour une partie de la population.

Le gouvernement grec s'est justifié en invoquant un "incroyable gâchis" de l'argent public. L'ERT est doté d'un budget annuel de 300 millions d'euros. En audience cumulée, elle représente environ 13% de part de marché.

"C'est une mesure très temporaire", a dit Antonis Samaras mercredi à la mi-journée.

MENACE DE GRÈVE ILLIMITÉE

Le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou, a précisé à Reuters que la décision avait été prise il y a six semaines qu'elle n'avait aucun lien avec l'échec de la privatisation de la compagnie gazière publique DEPA (qui était censée rapporter un milliard d'euros à l'Etat) ou avec la venue à Athènes des inspecteurs de la "troïka", formée par la Commission européenne, la BCE et le FMI, les partenaires avec lesquels la Grèce a négocié les conditions de son sauvetage financier.

La version restructurée de l'ERT sera relancée au plus tôt d'ici quelques semaines, a-t-il dit, ou au plus tard cet automne.

Dès l'annonce de la fermeture provisoire de l'audiovisuel public, les salariés se sont regroupés devant le siège de l'ERT, où ils ont été rejoints par des manifestants. Mercredi, alors que des centaines d'employés et de manifestants se trouvaient aux abords du siège, plusieurs journalistes continuaient d'émettre via le site internet du groupe.

Les journalistes de tous les médias grecs ont été appelés à une grève illimitée qui ne cessera, explique leur syndicat ESIE, que "lorsque le gouvernement reviendra sur ce coup d'Etat qui muselle l'information".

Le syndicat de la fonction publique ADEDY et le syndicat du secteur privée GSSE ont lancé un appel à une grève générale de 24 heures jeudi pour exprimer leur "solidarité aux employés de la télévision publique et protester contre ces réformes inacceptables du secteur public exigées par les créanciers", a dit le secrétaire général d'ADEDY, Ilias Iliopoulos.

La Commission européenne a dit n'avoir jamais exigé une telle mesure, sans pour autant la commenter. "La Commission n'a pas demandé la fermeture de l'ERT, pas plus qu'elle ne conteste le mandat du gouvernement grec à gérer le secteur public", a déclaré Olli Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

Un haut responsable du gouvernement grec a noté cependant qu'Athènes était pressé de démontrer aux inspecteurs de la "troïka" qu'il pouvait supprimer 2.000 postes dans la fonction publique, conformément à ses engagements, et que la fermeture de l'ERT était la seule option possible pour tenir cet objectif.

Avec Harry Papachristou; Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Tangi Salaün pour le service français

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