Tension à Kinshasa avant l'expiration du mandat de Kabila

le , mis à jour à 15:34
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 (Ajoute morts dans l'Est dont un soldat de l'Onu, détails) 
    par Aaron Ross et Tim Cocks 
    KINSHASA, 19 décembre (Reuters) - Des centaines de personnes 
se sont rassemblées à Kinshasa lundi, bravant l'interdiction des 
manifestations contre le maintien au pouvoir du président Joseph 
Kabila, dont le dernier mandat expire à minuit. 
    Les forces de sécurité ont bloqué l'accès à l'université de 
la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) où de 
petits groupes brandissant des cartons rouges s'étaient 
rassemblés dans la matinée. 
    Les magasins sont restés fermés dans d'autres quartiers de 
la ville et les rues étaient quasiment désertes par crainte de 
violences dans ce bastion de l'opposition, une ville 
tentaculaire de 12 millions d'habitants. 
    Dans l'est du pays, des miliciens Mai Mai ont attaqué une 
prison, à Butembo, déclenchant une fusillade avec les forces de 
sécurité au cours de laquelle sept personnes ont été tuées, dont 
un soldat sud-africain de l'Onu, un officier de police et cinq 
assaillants. 
    "Ils voulaient faire évader les détenus de la prison 
centrale", a expliqué Fabrice Kakubuzi, activiste présent dans 
la ville. "Ils voulaient profiter de cette journée-là." 
    Dans la ville de Goma, également dans l'Est, 41 personnes 
ont été arrêtées pour avoir violé l'interdiction de manifester. 
    L'élection présidentielle qui devait permettre de trouver un 
successeur à Kabila a été repoussée au moins à avril 2018, la 
raison invoquée étant d'ordre logistique et financier. 
     
    COMME AU BURKINA ? 
    Certains dirigeants de l'opposition ont déclaré que Joseph 
Kabila pouvait rester en fonction jusqu'à cette date, et la Cour 
constitutionnelle a rendu un arrêt en ce sens elle aussi. 
    Mais le principal bloc de l'opposition ne l'entend pas de 
cette oreille et les négociations menées sous la médiation de 
l'Eglise catholique n'ont pas permis de trouver un compromis 
avec le pouvoir. 
    "Le mandat de Kabila se termine à 23h59 (...) Demain 
(mardi), ce sera le chaos", a promis Hugue Ilunda, un étudiant 
kinois de 21 ans. 
    Les jeunes activistes congolais disent s'inspirer de la 
situation au Burkina Faso, où d'immenses manifestations de rue 
avaient entraîné en 2014 la chute du président Blaise Compaoré,  
après vingt-sept ans au pouvoir. 
    Comme au Burkina Faso, le mécontentement des Congolais est 
alimenté par les difficultés économiques. La chute des cours des 
matières premières a contraint le gouvernement a des coupes 
budgétaires et entraîné une chute de 30% de la monnaie 
nationale. 
    La situation à Kinshasa était calme lundi mais l'armée a été 
 déployée en masse aux alentours. 
    On craint, dans les milieux  diplomatiques, que la situation 
n'échappe à tout contrôle, au point de faire replonger la RDC, 
anciennement Zaïre, dans la guerre civile, comme durant la 
période 1996-2003. 
    Le gouvernement belge, l'ancienne puissance coloniale, a 
appelé ses ressortissants à quitter le pays. 
 
 (Eric Faye, Tangi Salaün et Gilles Trequesser pour le service 
français) 
 
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