Tennis de table - Emmanuel Lebesson : « Je ne réalise pas, c'est plus fort que 1976 »

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Tennis de table - Emmanuel Lebesson : « Je ne réalise pas, c'est plus fort que 1976 »
Tennis de table - Emmanuel Lebesson : « Je ne réalise pas, c'est plus fort que 1976 »

Emmanuel Lebesson est devenu, ce week-end à Budapest, le premier champion d'Europe français depuis Jacques Secrétin en 1976. La longue attente des pongistes français a finalement été récompensée par le natif de Niort au terme d'une semaine exceptionnelle. Entretien.

Emmanuel Lebesson, comment allez-vous depuis cette folle journée de dimanche ? L'euphorie de la victoire est-elle retombée ? Non, je ne réalise toujours pas ce qu’il m’arrive. Ça a été une journée incroyable avec deux Français en finale. C’est encore mieux que ce qu’il s’est passé en 1976 avec la victoire de Jacques Secrétin et la médaille de bronze de Christian Martin. On a vraiment profité pleinement de cette finale avec Simon Gauzy, avec qui je voudrais partager ce moment de joie. Je sais que c’est difficile pour le perdant d’une finale de digérer mais je suis sûr que c’est un futur grand champion. Il va rebondir. Avez-vous eu l’occasion d’échanger avec lui après la finale ? Votre poignet de main a été un peu sèche ... Oui, nous avons discuté après. C’est quelqu’un pour qui j’ai un profond respect. Après cette balle de match, je n’ai pas exulté comme j’aurais pu le faire si j’avais joué contre un étranger car je me devais de respecter ce moment pour lui et avoir de l’empathie. Ce titre a d'autant plus de résonance pour vous qu'il intervient après deux mois compliqués et une défaite à Rio lors des JO. Cela paraissait inenvisageable avant la compétition, non ?  Oui, je suis arrivé avec une forme incertaine. Je sortais de deux mois très compliqués. Les Jeux Olympiques ont été catastrophiques pour moi avec une défaite au premier tour, aussi bien en simple, que par équipes. Je commençais à revenir en forme depuis deux semaines mais de là à être Champion d’Europe, c’était impensable. A quel moment vous-êtes-vous dit que vous pourriez être Champion d’Europe ? A partir des quarts de finale ?  J’ai senti au fur et à mesure que tout se passait bien. D’habitude, j’ai du mal dans les premiers tours mais là, ça a tout de suite bien fonctionné. Étapes après étapes, je me suis dit "pourquoi pas".

Lebesson : « Nous étions prêts à jouer notre vie »

Le fait de battre le meilleur joueur Français du moment, un Top 20 mondial, apporte-t-il une saveur particulière à votre victoire ? Non, pas du tout. Je veux simplement que l’on profite de ce doublé. Jouer un de ses compatriotes est toujours quelque chose de compliqué, encore plus contre Simon Gauzy, qui me pose énormément de problèmes et qui est supérieur à moi dans la plupart des compartiments du jeu. Cette finale fut compliquée émotionnellement parlant. Affronter un de ses meilleurs amis, ce n’est pas facile mais nous étions tous les deux prêts à jouer notre vie et à entrer dans l’histoire. Vous êtes mené à deux reprises dans la rencontre, notamment 9-4 dans la première manche, que s'est-il passé dans votre esprit ? J’ai été vraiment dominé sur les deux, voire trois premiers sets. En passant devant à deux sets à un, je me suis dit qu’il avait peut-être pris un petit coup derrière la tête. J’ai donc tenté de le faire craquer et ça a été le cas. Avec un peu de réussite, j’ai pu faire basculer le match en ma faveur. Le mental a-t-il été votre principal atout dans cette compétition ? Mon mental, mais aussi mon physique, qui est mon principal allié mais aussi mon ennemi quand il me lâche. Heureusement que ça n’a pas été le cas dans ce tournoi. Je montais en puissance au fur et à mesure, et je ne l’explique pas. Je ne me pensais pas capable de jouer comme ça et de réussir autant de coups gagnants. Je n’avais pas l’impression que c’est moi qui jouais hier. C’est pour cela que je suis le premier surpris de ce résultat.

Lebesson : « Ils méritent d'être dans la lumière »

Le travail de Han Hua qui a intégré l’équipe de France il y a maintenant trois ans est-il étranger à cette soudaine réussite ? Non, il est forcément lié. C’est quelqu’un qui travaille avec moi depuis trois ans. On a fait un très gros travail hier. J’ai appelé mes premiers entraîneurs. Ils comptent énormément dans la réussite que j’ai aujourd’hui. Et sans eux, ça aurait pu être vraiment compliqué d’en arriver là. Chacun à sa part de responsabilité, c’est vraiment génial et je tenais vraiment à partager cela avec eux car ce sont des gens qui m’ont toujours soutenu, qui ont travaillé dans l’ombre. Aujourd’hui, ils méritent d’être un peu plus dans la lumière. On parle beaucoup d’un renouveau du ping pong français après votre exploit. Partagez-vous ce sentiment général ? N’est-ce pas un peu prématuré ? Renouveau, je ne sais pas, je sais qu’on commence à montrer un peu plus le bout de notre nez au niveau européen avec cette performance. Au niveau mondial, en revanche, on a échoué en quarts de finale cette année. Envisager une médaille mondiale individuelle serait très prétentieux, mais par équipes, pourquoi pas rêver déjà d’un titre européen et d’un titre mondial par équipes également, voire en double. Je pense que c’est envisageable. Les Championnats du monde 2017 c’est votre prochain objectif individuel, que peut-on vous souhaiter d’ici là ? Je vais déjà profiter, savourer en famille ce moment. Profiter avec ma femme, mon fils, parce que ce sont des moments magiques. Dans une carrière, il y a davantage de moments difficiles que de moments comme ceux que j’ai vécus la semaine dernière. Je sais d’où je viens, avec mes proches. Je veux en profiter pour remercier la Fédération pour la confiance qu’elle m’a accordée depuis tant d’années et surtout remercier aussi tous les licenciés qui, aujourd’hui, nous permettent de réaliser ces compétitions, de vivre de notre sport.  
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