Tempête boursière pour Volkswagen, mis en cause aux Etats-Unis

le
0
VOLKSWAGEN DANS LA TOURMENTE
VOLKSWAGEN DANS LA TOURMENTE

par Andreas Cremer

BERLIN (Reuters) - Tout juste sorti d'une lutte de pouvoir, Volkswagen subit lundi une tempête boursière, son action chutant de plus de 20% après les accusations de falsification des données sur les émissions polluantes de ses voitures portées par les autorités américaines, qui l'exposent à des amendes de 18 milliards de dollars (15,8 milliards d'euros).

Le groupe automobile allemand, numéro un européen du secteur, est soupçonné d'avoir installé sur plusieurs centaines de milliers de voitures diesel de ses marques VW et Audi vendues sur le marché américain un logiciel visant à fausser les résultats des mesures d'émissions polluantes, a déclaré vendredi l'EPA, l'agence fédérale de protection de l'environnement.

Le sujet sera évoqué par les 20 membres du conseil de surveillance vendredi, a-t-on appris de source proche de l'instance.

Cette réunion visait initialement à dissiper les doutes sur la cohésion de l'équipe dirigeante, après la démission au printemps du président du conseil de surveillance, Ferdinand Piëch, au terme d'un conflit ouvert avec le président du directoire, Martin Winterkorn.

Ce dernier pourrait être contraint au départ par le scandale américain, estiment certains analystes.

"Ce désastre va au-delà de toutes les prévisions", a ainsi déclaré Ferdinand Dudenhöffer, responsable du Center for Automative Research de l'université de Duisburg-Essen.

Avant d'accéder à la tête du groupe, Martin Winterkorn a dirigé la marque VW de 2007 à 2015, période qui couvre les six années visées par les enquêtes américaines.

Un porte-parole de VW n'était pas disponible dans l'immédiat pour un commentaire.

"MANQUE DE CONTRÔLE, ORGUEIL DÉMESURÉ ET DÉNI"

Une source proche de Volkswagen a déclaré qu'une éventuelle décision sur un mécanisme de contrôle des émissions polluantes aurait été prise par le siège en Allemagne et non par les divisions régionales concernées.

Le groupe, qui a reconnu vendredi les accusations américaines, doit désormais faire face à deux difficultés urgentes: la baisse rapide de ses ventes en Chine, son débouché le plus rentable, et le nouveau revers porté à sa stratégie de relance aux Etats-Unis.

A la Bourse de Francfort, l'action Volkswagen dégringole de 21,67 % à 127,20 euros à 10h47 GMT, la plus forte baisse en une séance des 78 ans d'existence de l'entreprise. Sa capitalisation boursière a ainsi fondu de près de 16,9 milliards d'euros.

"C'est très mauvais. Ça sent le manque de contrôle, l'orgueil démesuré et le déni", a résumé Arndt Ellighorst, d'Evercore ISI à Londres, ajoutant s'attendre à des limogeages au sein de la direction.

Certains analystes critiquent depuis longtemps la gestion très centralisée de Volkswagen, à laquelle ils reprochent de retarder les lancements de nouveaux modèles et de nuire à la compétitivité du groupe sur les marchés internationaux.

Daimler, maison mère de Mercedes-Benz, et BMW ont l'un et l'autre déclaré lundi que les accusations des autorités américaines contre VW ne les concernaient pas.

En Bourse, le titre Daimler cède 4,22% et BMW 2,92%. Au-delà, la nouvelle "affaire" Volkswagen pénalise l'ensemble du secteur automobile européen, dont l'indice Stoxx recule de 6,25%. A Paris, Renault abandonne 5,3% et PSA Peugeot Citroën 3,66%.

Le gouvernement allemand a annoncé attendre des constructeurs automobiles qu'ils lui communiquent toute information permettant de déterminer si les données allemandes et européennes sur les émissions polluantes pourraient elles aussi avoir été faussées.

(avec Jane Merriman et Mark Potter, Véronique Tison et Marc Angrand pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant