TEMOIGNAGES-A Alep-Est, la faim et le désespoir

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    par Suleiman Al-Khalidi 
    AMMAN, 25 novembre (Reuters) - Assiégés par les forces 
pro-gouvernementales syriennes, les habitants des quartiers Est 
d'Alep, tenus par la rébellion, n'ont plus d'autre choix que de 
chercher leur nourriture dans des déchets et de récupérer du 
bois de chauffe dans les immeubles en ruines de la ville. 
    Contactés par internet ou par téléphone, ils expliquent que 
les pénuries de vivres, de médicaments et de fioul, mêlées aux 
tirs d'artillerie et aux frappes aériennes, essorent peu à peu 
les capacités de résistance d'une population que l'Onu estime 
encore à 270.000 personnes. 
    "Les gens sont épuisés. Il y aujourd'hui dans Alep des gens 
qui mangent ce qu'ils trouvent dans les poubelles", témoigne 
Moustafa Hamami, qui a perdu cette semaine deux de ses enfants 
et quatre autres proches quand l'immeuble où ils vivaient a été 
détruit. 
    Abdallah Hanbali, qui travaillait comme ingénieur avant la 
guerre civile, explique que son épouse utilise l'eau de cuisson 
du riz pour nourrir leur bébé de onze mois. "On peut à peine se 
procurer une boîte de lait en poudre par mois", continue-t-il. 
    "Les Aleppins ne sont pas habitués à ne se nourrir que de 
pain et d'un peu de riz. Ils avaient l'habitude de manger des 
pommes, des concombres, des citrons, du beurre, de la viande", 
continue-t-il en évoquant la vie d'avant. 
    L'offensive que mènent les forces pro-Damas, appuyées par 
l'aviation russe, est sans précédent depuis le soulèvement 
contre Bachar al Assad, en 2011, et la division de la grande 
ville du nord du pays, naguère la plus peuplée du pays, à l'été 
2012. 
    Progressivement, l'armée syrienne, les avions russes et les 
milices chiites alliées venues d'Iran, du Liban et d'Irak ont 
isolé Alep-Est, coupant d'abord les voies d'approvisionnement 
qui reliaient la ville à la Turquie, au nord, puis en 
l'encerclant par l'ouest et le sud. 
    Ces derniers jours, leur objectif est de couper en deux les 
quartiers orientaux afin d'ouvrir de nouveaux fronts et 
d'affaiblir la capacité de résistance des insurgés.   
    Reprendre le contrôle total d'Alep constituerait la plus 
importante victoire d'Assad depuis le soulèvement de mars 2011. 
     
    L'ONU ATTEND UNE RÉPONSE DE DAMAS ET MOSCOU 
    Devant l'urgence humanitaire, que l'arrivée de l'hiver va 
encore accentuer, des groupes rebelles ont accepté un plan des 
Nations unies pour la livraison d'une aide et des évacuations 
médicales, mais l'Onu attend un feu vert de Moscou et Damas, a 
déclaré jeudi Jan Egeland, conseiller pour les affaires 
humanitaires de l'émissaire de l'Onu pour la Syrie.   
    Dans une interview accordée jeudi à Stockholm, où il 
recevait le Right Livelihood Award, ou "prix Nobel alternatif", 
au nom des "Casques blancs", Raed al Saleh, qui préside cette 
organisation de protection civile, a estimé qu'il restait moins 
de dix jours pour acheminer cette aide. Sinon, les Aleppins 
seront exposés à une famine mortelle. 
    "Vous ne pouvez pas imaginer la situation", dit-il. "Les 
médecins et les secouristes en sont réduits à ce qui subsiste 
des équipements après les bombardements pour faire tout ce 
qu'ils peuvent." 
    "Nous avons utilisé tout notre stock de kits de première 
urgence dans nos centres, nous avons utilisé tout notre stock de 
masques à gaz. Nous avons peur que, dans dix jours, il ne nous 
reste plus de diesel qui est indispensable pour faire circuler 
les ambulances et les camions", poursuit-il. 
     
    DAMAS SEMBLE TABLER SUR DES ÉMEUTES DE LA FAIM 
    D'après les Nations unies, les dernières rations 
alimentaires de l'Onu ont été distribuées le 13 novembre. 
    Les prix s'envolent. Quatre miches de pain coûtent 
aujourd'hui l'équivalent de trois dollars, au moins cinq fois 
plus qu'avant le début du siège, en juillet dernier. Le conseil 
municipal mis en place par la rébellion en livre des quantités 
limitées à prix subventionné. Le sucre coûte 18 dollars le 
kilogramme; la viande est à 50 dollars. Seul le riz échappe un 
peu à cette inflation, à trois dollars le kilogramme. 
    Sur les marchés naguère animés d'Alep, il n'y a plus grand 
monde entre les étals. Les rares légumes ou plantes qu'on y 
trouve, des radis ou du persil par exemple, sont cultivés à 
l'intérieur des limites de la ville, dans des potagers de 
fortune. 
    La semaine dernière, des habitants en sont venus aux mains 
devant l'entrepôt d'une organisation caritative étrangère qui a 
été contrainte de suspendre ses distributions de vivres. 
    Le gouvernement syrien, en plus des opérations militaires, 
semble espérer qu'avec le désespoir grandissant, ce genre de 
situations se multiplient. L'armée a appelé les habitants 
d'Alep-Est à se soulever contre les rebelles qu'elle accuse de 
dissimuler des réserves de vivres et d'utiliser les civils comme 
boucliers humains. 
    Jan Egeland attend toujours la réponse de Damas et Moscou. 
    "Il n'y a plus de rations de l'Onu à Alep-Est. Tous les 
hôpitaux ont été bombardés et touchés. Les besoins ne pourraient 
pas être plus grands", déclarait-il jeudi. Et interrogé sur ce 
qui se passerait en cas de refus de Damas et Moscou, il 
ajoutait: "Par bien des façons, le plan B, c'est que les gens 
mourront de faim." 
 
 (avec Tom Perry à Beyrouth et Alistair Scrutton à Stockholm; 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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  • 28351485 il y a 2 semaines

    QU'ils sortent ...!! Ils en avaient les moyens MAIS ILS PREFERENT SERVIR LES INTERETS DES OCCIDENTAUX ET D'ISRAEL plutôt que ceux de leur pays ...!!!!