Témoignage à charge d'une journaliste au procès de Simbikangwa

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TÉMOIGNAGE À CHARGE D'UNE JOURNALISTE AU PROCÈS DE PASCAL SIMBIKANGWA
TÉMOIGNAGE À CHARGE D'UNE JOURNALISTE AU PROCÈS DE PASCAL SIMBIKANGWA

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Une ancienne journaliste d'un "média de la haine" a dit mardi avoir vu l'ex-militaire rwandais Pascal Simbikangwa, jugé à Paris pour complicité dans le génocide de 1994, offrir un soutien logistique et moral à des tueurs. 

L'homme de 54 ans est accusé d?avoir fourni armes et instructions à des civils et des miliciens sur des barrages où étaient filtrés les Tutsi, à Kigali et dans la préfecture de Gisenyi, dans l?ouest du pays.

Après la mort du président Juvénal Habyarimana dans un attentat, le 6 avril 1994 -un événement dont la responsabilité fait encore l?objet d?une enquête en France- des barrières ont été érigées dans tout le pays. 

Valérie Bemeriki, l'une des journalistes les plus connues de la Radio télévision libre des mille collines (RTLM), considérée par la justice internationale comme l'un des principaux instruments du génocide, dit avoir croisé Pascal Simbikangwa mi-avril sur une barrière de Kigali.

"On voyait très bien qu'il était en train de donner des ordres (aux miliciens)", a-t-elle déclaré mardi devant la Cour.

"Les milices l'applaudissaient beaucoup parce qu'il les aidait."

Pascal Simbikangwa aurait notamment donné un carton rempli de munitions à l'un des miliciens et félicité au passage les journalistes de la RTLM pour leur "traque de l?ennemi".

Mais s'il reconnaît avoir croisé une camionnette de la radio sur cette barrière, l'accusé dit s'être contenté de saluer son conducteur.

Il nie toute implication dans le génocide des Tutsi, qui a fait quelque 800.000 morts entre avril et juillet 1994. 

"On crée de faux témoignages contre les innocents pour empêcher que les Hutu et les Tutsi se réconcilient", a-t-il déclaré mardi. 

Lundi, deux exécutants du génocide ont dit l'avoir vu à une réunion préparant les massacres. 

ACTIONNAIRE FONDATEUR

Condamnée en 2009 à la prison à vie au Rwanda après avoir reconnu avoir incité à la violence sur les ondes, Valérie Bemeriki était entendue par visioconférence depuis Kigali. 

Vêtue de sa blouse rose pale de prisonnier, elle a indiqué avoir vu l'accusé de nombreuses fois dans les locaux de la radio, début avril 1994. "Il venait presque tous les deux jours à la RTLM", a-t-elle dit. 

Pascal Simbikangwa aurait profité de ces visites pour demander au directeur de la radio de coopérer à l?action de l?armée afin de "débusquer les Tutsi responsables de la mort" du président, a-t-elle précisé pendant l'instruction. 

Militaire reconverti dans le renseignement après un accident de la route l?ayant rendu paraplégique en 1986, il faisait partie des actionnaires fondateurs de la RTLM.

"Je suis démocrate et je voulais qu?il y ait la multiplicité de l?information", a-t-il dit lors d'une précédente audience, expliquant qu?à l?époque l?offre médiatique était pauvre, avec d?un côté la radio officielle à la ligne éditoriale proche du parti du Premier ministre, et de l?autre la radio de la rébellion Tutsi du Front patriotique rwandais (FPR). 

Les 26 plus gros actionnaires, parmi lesquels figure Pascal Simbikangwa, étaient pourtant tous des dignitaires du régime, a souligné l?avocat général Bruno Sturlese.

"C?est le fait du hasard", assure l'accusé, qui minimise depuis le début du procès son importance dans l?administration rwandaise.

Mais pour Valérie Bemeriki, cela le désigne au contraire comme l'un des planificateurs du génocide des Tutsi.

"Étant membre de l'akazu (cercle restreint autour de la famille et belle-famille de Juvénal Habyarimana, NDLR), étant membre fondateur de la RTLM, tout cela suffit pour dire que Monsieur Simbikangwa faisait partie des planificateurs du génocide", a-t-elle déclaré mardi. 

Le verdict doit tomber le 14 mars prochain. Pascal Simbikangwa encourt la prison à perpétuité pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l'humanité. 

(Edité par Yves Clarisse)

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