Télécoms-Échec des négociations entre Orange et Bouygues

le , mis à jour à 21:26
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    * Trois mois de négociations 
    * La consolidation du secteur "durablement exclue"-Bouygues 
    * La France conservera quatre opérateurs 
    * Macron voulait limiter l'influence de Bouygues dans Orange 
 
 (Actualisé avec les communiqués des groupes) 
    par Mathieu Rosemain et Julien Ponthus 
    PARIS, 1er avril (Reuters) - Orange  ORAN.PA  et Bouygues 
 BOUY.PA  ont annoncé vendredi l'échec de leurs négociations sur 
la vente de Bouygues Telecom à l'opérateur historique, une issue 
qui semble mettre un terme à la consolidation du secteur engagée 
en France et au passage de quatre à trois opérateurs nationaux.  
    "Dans un marché où l'hypothèse d'une consolidation devient 
désormais durablement exclue, Bouygues Telecom poursuivra sa 
stratégie "stand alone", souligne le groupe de BTP, qui précise 
que ses administrateurs, constatant l'impossibilité de trouver 
un accord après trois mois de discussions, ont pris cette 
décision à l'unanimité.   
    "Le conseil d'administration d'Orange a constaté qu'un 
accord en vue d'un rapprochement avec Bouygues Telecom n'a pu 
être trouvé", constate de son côté l'ancien monopole au sujet 
d'un projet qui aurait pu modifier en profondeur le paysage des 
télécoms français.  
    Le rachat de Bouygues Telecom par Orange aurait permis, en 
limitant la concurrence, de mettre un terme à la guerre des 
tarifs déclenchée par l'arrivée des offres à bas prix de Free, 
filiale d'Iliad, en 2012.     
    L'annonce de cet échec intervient alors que le PDG d'Orange, 
Stéphane Richard, déclarait pourtant plus tôt dans la journée 
que les négociateurs continuaient à avancer sans "point 
d'achoppement en particulier".  ID:nP6N14601Y     
    Les deux groupes avaient fixé le 31 mars comme date butoir 
pour conclure une opération évaluée à environ dix milliards 
d'euros, mais leurs conseils d'administration avaient décidé 
mercredi, faute d'accord, de prolonger les discussions jusqu'au 
week-end.  
     
    MACRON VOULAIT LIMITER L'INFLUENCE DE BOUYGUES   
    Des doutes commençaient alors à se faire sentir sur l'issue 
des négociations.  
    "Le top management d'Orange commence à se demander si Martin 
Bouygues est vraiment prêt à vendre Bouygues Telecom, une 
entreprise qu'il a lui-même fondée en 1994", disait alors une 
source proche du dossier. 
    La valorisation de Bouygues Telecom, le niveau de la 
participation de Bouygues dans Orange et la représentation du 
groupe de BTP au sein d'un conseil élargi de l'opérateur 
télécoms étaient vus comme autant de dossiers sensibles à 
trancher. 
    Selon des sources interrogées par Reuters, Emmanuel Macron 
ne voulait, en outre, à aucun prix apparaître comme le ministre 
de l'Economie qui aurait permis à Martin Bouygues de prendre le 
contrôle de l'ancien France Telecom.  
    Si l'opération avait été à son terme, Bouygues serait devenu 
le premier actionnaire privé d'Orange à travers une augmentation 
de capital réservée, qui aurait mécaniquement dilué la 
participation de 23% de l'Etat. 
    Le ministre de l'Economie voulait notamment que Bouygues 
s'engage à geler sa participation dans Orange pour une durée de 
sept ans et qu'il renonce aux droits de votes doubles 
qu'obtiennent les investisseurs de long terme.   
    De source proche du ministre, on reconnaît l'importance de 
ces questions mais l'on assure qu'elles ne sont pas la cause de 
l'échec des discussions.  
     
    "L'ETAT A UNE GROSSE RESPONSABILITÉ" 
    "Concrètement, ces dernières 72 heures, il n'y a pas eu de 
discussions entre l'Etat et Bouygues sur ces questions 
actionnariales", dit-on dans son entourage.  
    Les conditions posées par le fondateur d'Iliad  ILD.PA  
Xavier Niel pour la reprise de certains actifs de Bouygues 
auraient aussi compliqué la donne.  
    Afin d'obtenir le feu vert de l'Autorité de la concurrence, 
Orange et Bouygues devaient également s'accorder avec leurs 
concurrents Iliad et SFR  NUME.PA  pour leur vendre une partie 
de leur réseau et de leurs clients. 
    Ce sont "les risques d'exécution" sur ce point qui ont aussi 
posé problème, ajoute la source dans l'entourage d'Emmanuel 
Macron.  
    Pour François Mallet, analyste chez Kepler Cheuvreux, 
l'issue des négociations constitue une mauvaise surprise.  
    "Ils peuvent tous s'en vouloir, on s'attendait à ce que ça 
réussisse, l'Etat a une grosse responsabilité", a-t-il déclaré 
sur BFM, estimant que "le grand perdant, il ne faut pas se le 
cacher, c'est Bouygues". 
 
 (Avec Michel Rose, édité par Benoît Van Overstraeten) 
 

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