TDF 2012 : la Belgique veut sortir du nucléaire, mais peut-elle y parvenir ?

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TDF 2012 : la Belgique veut sortir du nucléaire, mais peut-elle y parvenir ?
TDF 2012 : la Belgique veut sortir du nucléaire, mais peut-elle y parvenir ?
Premier article de notre série « Tour de France », saison 3. Les coureurs de la Grande Boucle partent cette année de Liège (Belgique), théâtre du traditionnel prologue. L'occasion pour nous d'évoquer une décision qu'a pris le gouvernement du socialiste Elio Di Rupo... avant même sa constitution !



Après l'Allemagne et la Suisse ? l'Italie a de son côté choisi de reporter sine die la reprise de son programme, interrompu en 1987 -, la Belgique a été le troisième pays frontalier de la France à s'être prononcé pour une sortie du nucléaire. La théorie de l'« effet domino » chère à Henry Kissinger n'étant pas recevable sur le plan énergétique, chaque État ayant son propre « bouquet » et ses spécificités, il convient de bien distinguer ces décisions même si, dans tous les cas, l'accident de Fukushima (Japon) y est évidemment pour beaucoup.

Le cas belge est à part, le gouvernement, qui s'est formé au terme de négociations d'une longueur historique, ayant fait savoir, contrairement à Berlin et à Berne, que son renoncement à l'atome était tributaire de la capacité du pays à trouver suffisamment de sources d'énergies alternatives pour compenser la perte de production d'électricité. Officiellement, les deux seules unités nucléaires seront néanmoins fermées à l'horizon 2025 et trois réacteurs cesseront leur activité dès 2015.

Le défi sera très difficile à relever dans la mesure où, selon le rapport 2009 de l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE), 55 % des besoins électriques nationaux sont couverts par l'énergie atomique. Il s'agit aussi d'une volte-face des pouvoirs publics puisque la Belgique avait décidé en 2009 de prolonger la durée de vie de ses turbines d'une décennie. Une mesure qui n'est jamais entrée en vigueur en raison des importantes turbulences politiques auxquelles le pays a dû faire face.

« Le gouvernement va rechercher activement de nouveaux investisseurs et de nouveaux sites encore inutilisés pour voir ce qui peut être fait », confiait en octobre dernier son porte-parole, cité par nos confrères du Monde. Une porte-parole du ministère belge de l'Énergie et du Climat précisait pour sa part que « s'il s'avère que (la Belgique n'est pas confrontée) à des coupures et à une flambée des prix, (le gouvernement a) l'intention de (s')en tenir à la loi de 2003 sur une sortie du nucléaire ». Il n'a pas changé d'avis depuis, mais aura tout de même fort à faire pour « remplacer » les centrales de Doel et Tihange, dont la capacité de production atteint quelque cinq mille huit cent soixante mégawatts (MW).

Greenpeace maintient la pression

Greenpeace mesure l'ampleur de la tâche, mais n'entend visiblement pas lâcher les troupes de M. Di Rupo d'une semelle. En témoigne la campagne choc que l'association vient de lancer, avec en particulier un clip posté sur Youtube (voir ci-dessus) en début de semaine dans lequel on retrouve un sosie du chef du gouvernement, « pris en otage » par « la mafia du nucléaire », laquelle va jusqu'à lui braquer un revolver sur la tempe.

Et le faux M. Di Rupo de devoir lire le message suivant : « Les centrales nucléaires resteront ouvertes dix années de plus », soit exactement ce que souhaite GDF Suez, opérateur exclusif des sept réacteurs atomiques belges. Greenpeace et le groupe français attendent tous deux anxieusement le plan d'équipement en nouvelles capacités de production que le gouvernement doit présenter fin juillet.

Pour l'heure, le mystère reste entier, mais « la décision belge est importante pour GDF Suez ». Si vous ne disposez pas d'une base nucléaire existante, il est probable que (l'entreprise ne sera pas vue) comme un opérateur ou un investisseur crédible dans cette technologie à l'étranger », analyse Fabien Roques, responsable des recherches sur l'électricité en Europe au sein du cabinet de consultants IHS, cité par Boursier.com. L'entreprise pourrait amorcer un recentrage sur les énergies renouvelables au cas où le gouvernement belge persisterait.

Greenpeace, elle,semble n'avoir cure de ses tracas et une quarantaine de ses militants a même investi l'entrée du siège bruxellois d'Electrabel (GDF Suez) mercredi matin. Manifestement désireux de marquer les esprits, les environnementalistes « ont réussi à placarder sur la façade une grande banderole reprenant le logo du PS » sur laquelle il était écrit : " La mafia du nucléaire et nous, c'est fini", relate Le Monde. Une initiative qu'a peu goûté le parti majoritaire, qui s'est insurgé contre « la récupération de son image par Greenpeace, qui dupe les citoyens par des procédés de plus en plus douteux ». L'admonestation augure-t-elle d'un recul ? Une chose est sûre : le nucléaire n'est pas encore mort outre-Quiévrain.
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