Tchernobyl-Des riverains de retour sur les lieux 30 ans après

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    par Gleb Garanich et Alessandra  Prentice 
    PRIPIAT, Ukraine, 25 avril (Reuters) - Les habitants de 
Pripiat, ville d'Ukraine voisine de la centrale nucléaire de 
Tchernobyl, devaient être évacués pour trois jours. Leur exil 
dure depuis 30 ans.  
    Plusieurs y sont retournés à la veille de l'anniversaire de 
la plus grande catastrophe nucléaire de l'histoire, dont 
personne n'imaginait l'ampleur au matin du 26 avril 1986.  
    "J'ai eu du mal a retrouver mon appartement. C'est la forêt, 
maintenant. Des arbres poussent sur les trottoirs, sur les 
toits. Toutes les pièces sont vides. Il n'y a plus de fenêtres 
et tout est détruit", observe Zoïa Perevoztchenko, qui garde un 
souvenir précis des événements, malgré la confusion qui régnait 
alors dans cette cité soviétique de 50.000 habitants. 
    Son mari Valery, chef de l'équipe de nuit chargée du 
réacteur n°4, n'est pas rentré ce matin-là. Inquiète, elle est 
alors allée aux nouvelles. 
    "Je me souviens m'être dit : "Mon dieu, qu'il fait chaud" et 
avoir croisé des gens qui portaient des masques, mais ils ne 
nous ont rien expliqué. Tout était secret et les enfants 
jouaient pieds nus dans les flaques d'eau", poursuit cette mère 
de famille aujourd'hui âgée de 66 ans.  
    Grièvement irradié, son époux, dont le visage avait un éclat 
rouge vif, se trouvait dans un centre de soins. Il est décédé un 
mois et demi plus tard, après son transfert à Moscou. Trente 
autres victimes ont connu le même sort immédiatement après la 
catastrophe.  
     
    "UN SPECTACLE QUI LAISSE SANS VOIX" 
    Sa veuve et ses deux filles ont été relogées à Kiev, où 
elles vivent toujours.  
    "C'est très dur qu'autant de vies aient été brisées, qu'une 
ville si belle et toute neuve ait dû être abandonnée", déplore 
quant à elle Elena Kouprianova. Elle était âgée 12 ans quand 
Pripiat, qui se trouve à l'intérieur du périmètre d'exclusion de 
2.600 km², a été évacuée.  
    Avant leur transfert en cars, le lendemain de la 
catastrophe, ses habitants ont été priés de n'emporter que le 
strict nécessaire. Le retour était officiellement prévu trois 
jours plus tard.  
    "Il faisait si chaud. Le temps était splendide. Tous les 
arbres fruitiers étaient en fleurs et je me suis dit : 
'Qu'est-ce qu'ils veulent dire par radiations ? Il fait 
tellement beau. Il n'y a rien de visible'", poursuit Elena.  
    Valentina Iermakova s'étonne quand à elle que tant de choses 
aient disparu, alors qu'il était interdit d'emporter tout ce qui 
se trouvait dans la zone interdite.  
    "Nous avons fermé l'appartement à clé et nous sommes partis. 
Les pillards ont dû enfoncer la porte. Quand on entre, on n'a 
même pas envie de pleurer. Cet un spectacle qui laisse sans 
voix. La douleur est intérieure", dit-elle.  
    La sexagénaire dont le mari, employé lui aussi à la 
centrale, a survécu plusieurs années, se sent toutefois toujours 
chez elle à Pripiat. 
    "On reconnaît tout. Ici, rue Lénine, il a y la boutique de 
l'Arc en ciel. C'est une petite ville. On la connaît par coeur." 
 
 (Jean-Philippe Lefief pour le service français) 
 
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