Taux, crédit, l'appétit pour le risque va-t-il durer ?

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L'APPÉTIT POUR LE RISQUE SUR LES MARCHÉS DE TAUX ET DE CRÉDIT VA-T-IL DURER ?
L'APPÉTIT POUR LE RISQUE SUR LES MARCHÉS DE TAUX ET DE CRÉDIT VA-T-IL DURER ?

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - L'embellie spectaculaire qui gagne les marchés de taux et de crédit en euro depuis cinq semaines suscitent des interrogations sur sa durée, d'autant que les fondements sous-jacents à la crise de la zone euro sont toujours en place.

Plusieurs professionnels relèvent que la croissance économique reste faible, voire nulle ou négative en zone euro, et que les risques tels que la gouvernance, encore inexistante de l'euro, les élections françaises et les potentielles frictions dans le couple franco-allemand demeurent.

Mais ils estiment en même temps que l'embellie pourrait durer grâce - et cela est devenu une évidence inlassablement répétée - à la Banque centrale européenne et son opération de refinancement à long terme (LTRO) à trois ans au terme de laquelle elle a prêté en décembre près de 500 milliards d'euros aux banques européennes, qui ont échappé ainsi à une crise de liquidité.

Une deuxième LTRO, prévue le 29 février, devrait gonfler davantage le premier ballon d'oxygène.

Sous le titre "Trop beau pour être vrai", les stratégistes taux de la Société générale soulignent que les "illusions ne sont pas encore sur le point de disparaître, une bonne quantité de bonnes nouvelles sont d'ores et déjà dans les cours".

Vincent Chaigneau, responsable de la stratégie taux chez SG, estime que le marché se comporte comme si le problème grec était réglé, comme si les banques allaient acheter de la dette souveraine, comme si l'économie américaine était sortie d'affaire et même comme si la Chine allait être le turbo mondial.

Mais il n'exclut pas que l'appétit pour le risque reste à peu près intact au cours des deux semaines à venir.

Ce retour vers les actifs risqués a permis, entre autres, aux taux des pays 'périphériques' de la zone euro de se détendre de manière spectaculaire (-170 points de base à 5,6% pour le 10 ans italien par rapport à son record de novembre, -135 pdb pour le 10 ans espagnol).

"La dette périphérique devrait commencer à manquer de carburant", dit Vincent Chaigneau, qui juge que si accord il y a sur le dossier grec, il sera compliqué à mettre en oeuvre : "Le diable est dans les détails."

Il préconise un allègement des positions sur les 'périphériques', comme Hans Lorenzen, stratégiste crédit chez Citigroup, pour qui ce "rally va probablement continuer, et probablement atteindre un niveau qui ne correspond pas aux fondamentaux".

L'EUPHORIE N'ÉCLIPSE PAS LE BESOIN DE SÉCURITÉ

"Ainsi, nous estimons que plus ce rally avancera, plus les investisseurs devront en profiter pour prendre position sur la qualité", souligne Hans Lorenzen.

Cette détente sur les actifs risqués a la particularité de ne pas avoir fait disparaître le besoin de sécurité et ne s'est donc pas traduite par des sorties massives d'actifs à faible risque comme les emprunts d'Etat allemands (Bunds). Le rendement du Bund 10 ans a évolué au cours des six premières semaines de l'année entre 1,79% et un peu plus de 2%.

Hans Lorenzen conseille, sur le marché des obligations d'entreprises (crédit corporate), de sortir progressivement des secteurs cycliques et des secteurs sensibles aux 'périphériques' vers des secteurs défensifs et moins exposés au risque périphérique.

Particulièrement sensible à la crise de la dette souveraine en euro, le marché de la dette bancaire, quasiment fermé au cours du second semestre 2011, est reparti sur les chapeaux de roues, avec des primes (spreads) qui se sont considérablement contractées et un marché primaire qui est sorti du coma pour retrouver une forme insolente au point d'accueillir de nouveau des établissements financiers italiens et espagnols.

Citigroup rappelle que la banque conserve des prévisions de croissance 2012 et 2013 sensiblement inférieures au consensus.

"Cela va se traduire avec le temps par une forte montée du taux de défaut des corporate. Les risques grecs, portugais, le risque d'échec des adjudications ou même les élections françaises pourraient nourrir un scénario négatif", explique-t-il.

"Une victoire de François Hollande susciterait de grandes incertitudes sur les marchés quant à l'engagement de la France sur le (nouveau) pacte budgétaire européen dans sa forme actuelle", écrit-il dans une note.

Toutefois, selon lui, comme le quantitative easing (assouplissement quantitatif) aux Etats-Unis, l'effet positif sur le prix des actifs pourrait durer bien au-delà de la seconde

LTRO.

En admettant que cette seconde opération amène les banques à emprunter autant que lors de la première, le total se situerait autour de 1,0 milliard d'euros, de quoi assurer largement le besoin de refinancement des banques en 2012, de l'ordre de 800 milliards d'euros.

Edité par Dominique Rodriguez

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